Élections et petits poissons

Les conservateurs se disent préoccupés par l'environnement et... (Photo Ivanoh Demers, archives La Presse)

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Les conservateurs se disent préoccupés par l'environnement et le Saint-Laurent, habitat de plusieurs espèces de baleines et de poissons, et source d'eau potable pour des millions de Canadiens.

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(Québec) ÉDITORIAL / N'ajustez pas le son ni l'image de votre appareil pour vous assurer qu'il s'agit bel et bien du ministre conservateur Denis Lebel. Ne relisez pas non plus 20 fois le communiqué de la ministre fédérale de l'Environnement, Leona Aglukkaq. Les conservateurs se disent préoccupés par l'environnement et le Saint-Laurent, habitat de plusieurs espèces de baleines et de poissons, et source d'eau potable pour des millions de Canadiens. Une préoccupation qui apparaît bien tardive et bien circonstancielle, le temps d'une campagne électorale.

Si le gouvernement conservateur n'avait pas la réputation d'être un cancre en environnement, les Québécois pourraient être rassurés qu'il intervienne pour que soient mieux évaluées les répercussions du déversement de huit milliards de litres d'eaux usées dans le fleuve Saint-Laurent, prévu par la Ville de Montréal cet automne. Cette décision soulève en effet plusieurs questions et inquiétudes.

Les conservateurs traînent cependant un déficit de crédibilité en matière environnementale. Le gouvernement Harper est associé au retrait du Canada au protocole de Kyoto. C'est lui aussi qui a modifié tout le processus d'évaluation environnementale qui permet depuis 2012 à de nombreux projets de passer outre à un examen et soustrait des milliers de plans d'eau à la surveillance fédérale. Ce sont également les conservateurs qui ont aboli le programme de recherche sur les contaminants du Saint-­Laurent à l'Institut Maurice-Lamontagne et imposé des coupes à d'autres instituts scientifiques de Pêches et Océans. Ce sont eux aussi qui ont été accusés de museler les scientifiques.

Que les conservateurs se présentent aujourd'hui comme de grands défenseurs de l'environnement et du Saint-Laurent détonne. Tout est bon pour tenter de gagner des points au Québec à deux semaines du jour de scrutin. Le vernis vert risque cependant d'être bien mince et de s'écailler si Stephen Harper et ses troupes conservent le pouvoir le 19 octobre.

Est-ce que le dossier des eaux usées de Montréal aurait pris autant d'ampleur si nous n'étions pas en campagne électorale? Probablement que non. Le maire Denis Coderre rappelle d'ailleurs que des déversements ont été autorisés en 2003 et en 2005. L'experte Michèle Prévost, ingénieure et professeure à l'École polytechnique, souligne pour sa part dans les médias qu'il y a 45 000 déversements d'eaux usées par année au Québec, dont 522 durent plus de 48 heures. Le problème existe aussi dans d'autres provinces. Notons de plus que de petites municipalités n'ont toujours pas de système de traitement des eaux usées. Les politiciens en campagne vont corriger la situation aussitôt élus?

Le plan de Montréal susciterait sûrement moins de craintes si la population faisait confiance au ministère de l'Environnement, celui d'Ottawa comme celui du Québec. Malheureusement, les deux souffrent d'un déficit de crédibilité.

À Québec, le ministre David Heurtel est devenu une cible facile depuis son cafouillage dans le dossier TransCanada-Cacouna et celui du Port de Québec. Les eaux usées de Montréal fournissent une autre occasion de miner sa crédibilité, et l'opposition ne s'en prive pas même si le ministre cite des experts. «C'est tout de même incroyable de constater que le gouvernement conservateur est plus prompt à protéger le fleuve Saint-Laurent et sa faune que le gouvernement du Québec», a raillé mardi Mathieu Traversy du Parti québécois.

L'inquiétude manifestée par les maires et les citoyens envoie cependant un message à tous les politiciens, qu'importe leur formation. Quand il est question de l'eau, de l'eau potable de surcroît, ils doivent agir avec la plus grande prudence et fournir les données et les analyses scientifiques qui ont servi à leur prise de décision.

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