Facture aux malades et baisse d'impôt

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(Québec) ÉDITORIAL / Selon le ministre Gaétan Barrette, l'interdiction des frais accessoires dans les cliniques médicales comme le réclame la Protectrice du citoyen entraînerait une augmentation de l'impôt. Vraiment? Au lieu d'agiter cet épouvantail, le gouvernement et son ministre de la Santé devraient accepter de mener un véritable débat sur la question et poser d'autres actions avant d'imposer une facture ou des délais d'attente aux malades moins bien nantis.

Fait inusité, la protectrice du citoyen, Raymonde Saint-Germain, a cru nécessaire lundi de revenir à la charge et de transmettre une lettre au ministre et aux membres de la Commission de la santé et des services sociaux pour préciser que son avis sur les frais accessoires, transmis la semaine dernière, ne devait pas être examiné sous le seul angle d'une hausse d'impôt des contribuables. 

Elle rappelle que des comités d'experts ont déjà identifié des pistes pour réaliser des économies dans le réseau et s'assurer de dispenser des services équitables à tous les citoyens. Exiger une contribution de quelque 50 millions $ par année aux patients est peut-être l'option la plus facile à court terme, mais ce n'est pas la seule avenue.

La protectrice suggère de mieux encadrer la pharmacothérapie, de procéder à un examen rigoureux du surdiagnostic et du surtraitement comme le propose notamment l'Association médicale du Québec, et de rationaliser le financement des services préhospitaliers d'urgence. Elle juge «gérable» de combler un enjeu de 50 millions $ sur un budget global de près de 33 milliards $. Elle estime de plus que la réflexion sur les frais exigés aux patients dans les cliniques médicales doit se faire en toute transparence et avec ouverture.

Seuls le ministre et la présidente de la Fédération des médecins spécialistes semblent ne pas partager cet avis. Des spécialistes, membres des Médecins québécois pour le régime public, reprochent même à leur Fédération de s'opposer à un débat public et de ne pas mettre l'intérêt du patient au centre de ses préoccupations.

Le ministre se sert en effet d'un amendement apporté récemment à son projet de loi 20 pour «normaliser» les frais accessoires. Un sujet, il est nécessaire de le souligner, qui peut aussi faire l'objet d'une négociation permanente entre le ministère et les fédérations de médecins. 

Le Québec passe donc à côté d'un débat essentiel sur le financement privé des soins de santé. En 1975, 78,8 % des dépenses en santé étaient assumées par des fonds publics. En 2014, la proportion se situait à 70,6 %. Les patients, de leurs poches ou grâce à des assurances privées, paient donc aujourd'hui 29,4 % des dépenses en santé. Et ce, dans un système qui se veut pourtant gratuit, universel et accessible. 

Les principes de la Loi canadienne sur la santé sont pourtant bafoués lorsqu'un patient doit choisir entre attendre des mois pour une coloscopie à l'hôpital ou payer 500 $ pour un rendez-vous rapide dans une clinique. Qu'un médecin refile les frais de fonctionnement de son cabinet à un patient alors que Québec doit normalement s'en charger, pose aussi problème. Un problème qui pourrait bien s'accentuer puisque les libéraux ont promis d'implanter 50 super-cliniques.

Mardi, au parlement, le ministre Barrette a bien sûr répété que les péquistes ont laissé traîner le dossier des frais accessoires. Comme si l'inaction des uns justifiait la sienne. Lui, il dit faire des choix en fonction de la capacité de payer de la population. Vraiment? Québec a trouvé 297 millions $ pour bonifier la rémunération des médecins et se dit incapable de dénicher 50 millions $ pour éviter de piger dans la poche des malades. Le choix de Gaétan Barrette n'est pas celui attendu d'un ministre de la Santé.

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