Du troc en éducation

Il faudra voir quels sont le rôle exact... (Photothèque La Presse)

Agrandir

Il faudra voir quels sont le rôle exact et la marge de manoeuvre réelle que le ministère de l'Éducation voudra laisser à chacun des acteurs dans son projet de décentralisation.

Photothèque La Presse

Partage

Partager par courriel
Taille de police
Imprimer la page

(Québec) En échange d'une plus grande place dans le modèle de gouvernance scolaire qu'élabore présentement Québec, les enseignants devraient se montrer moins gourmands dans la négociation de leurs conditions de travail, selon le premier ministre Philippe Couillard. Ce dernier donne même pour exemple le pacte fiscal conclu récemment avec les municipalités. Drôle de comparaison. Évitons de mêler les pommes et les oranges.

Il est vrai, comme le souligne M. Couillard, qu'un dollar investi dans les conventions collectives n'est pas gage d'une amélioration de service. Il est vrai aussi que «la question de l'éducation au Québec ne peut uniquement se débattre dans le prisme syndical ou sous l'angle des conditions de travail. Ça fait partie du paysage de l'éducation, mais il n'y a pas que ça».

Pourquoi alors M. Couillard et son ministre de l'Éducation, François Blais, mêlent-ils les dossiers de renouvellement des conventions collectives et de gouvernance scolaire? Pourquoi tentent-ils de troquer des concessions dans les demandes syndicales contre plus de pouvoir pour les enseignants dans un futur «conseil d'administration»?

Hier, à l'Assemblée nationale, M. Blais a répété que le projet de loi qu'il présentera va désormais garantir une place dans la gouvernance scolaire, aux parents, au personnel enseignant et au personnel professionnel. Très bien, ces personnes ne se plaindront pas de pouvoir faire entendre leur voix et d'avoir - peut-être - une plus grande prise sur ce qui se fait à l'école. Leur participation et leur collaboration peuvent en effet être très positives.

Mais, il faudra voir quels sont le rôle exact et la marge de manoeuvre réelle que le ministère de l'Éducation voudra bien laisser à chacun des acteurs dans son projet de décentralisation. Québec semble décider seul de son plan. «On sait où on s'en va», a dit hier le ministre. Plusieurs Québécois se demandent bien où et ils s'inquiètent, avec raison, de la perte ou de la diminution de certains services. M. Blais promet que Québec va réinvestir en éducation et qu'il veut investir «dans des projets qui vont être porteurs, des projets stratégiques». Porteurs et stratégiques selon qui et pour qui? Dans le rebrassage des commissions scolaires, l'objectif du gouvernement libéral semble davantage de séduire les caquistes que de définir un modèle qui servira mieux les intérêts des enfants.

Même si l'école devient plus autonome et même si plus de place est accordée au personnel dans la gouvernance scolaire, les conventions collectives des milliers d'employés des écoles sont à échéance, et Québec et les syndicats doivent les renégocier. C'est faire preuve d'un très grand optimisme de penser que les enseignants renonceront à réclamer plus de soutien pour eux et pour les élèves en difficulté dans leur classe en échange d'autonomie (au fait, le ministre parle-t-il d'autonomie de l'école ou d'autonomie professionnelle?) et de pouvoir. Autre élément à considérer, plus de pouvoir signifie-t-il plus de responsabilités, mais sans la garantie d'avoir les moyens de bien les remplir?

Le ministre Blais aime bien utiliser des tableaux devant les parlementaires pour illustrer que ce sont les libéraux et non les péquistes qui ont investi le plus en éducation au fil des ans. À quoi bon cette comparaison entre les rouges et les bleus pour les enfants et les parents qui réclament actuellement de meilleurs services. À quoi bon leur faire miroiter un réinvestissement en éducation lorsque l'équilibre budgétaire sera atteint. En attendant, l'enfant et les parents font quoi pour passer la présente année scolaire sans prendre du retard, sans se décourager, sans décrocher? Ils se croisent les doigts en espérant qu'avec une nouvelle gouvernance, les écoles feront nécessairement les bons choix?

Partager

À lire aussi

publicité

publicité

la liste:1710:liste;la boite:91290:box

En vedette

Précédent

publicité

la boite:1608467:box; tpl:300_B73_videos_playlist.tpl:file;

Les plus populaires : Le Soleil

Tous les plus populaires de la section Le Soleil
sur Lapresse.ca
»

CONTRIBUEZ >

Vous avez assisté à un évènement d'intérêt public ?

Envoyez-nous vos textes, photos ou vidéos

Autres contenus populaires

image title
Fermer