La prime «ça me tente plus»

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(Québec) On pourrait l'appeler l'indemnité «ça me tente plus», «quatre ans, c'est trop long», «le premier ministre m'a oublié», «espoir déçu», «député, c'est pas assez», «le privé m'appelle». Ridicule? Comme il l'est de verser encore une allocation de transition à un député qui quitte volontairement son poste avant la fin de son mandat ou parce qu'il n'a pas obtenu de responsabilités ministérielles. Le gouvernement Couillard doit s'empresser de mettre fin à ce privilège impensable à l'extérieur de l'Assemblée nationale.

D'avril 2014 à aujourd'hui, six députés qui avaient sollicité un mandat pour représenter les électeurs de leur circonscription pendant quatre ans, ont changé leur plan de carrière - ou de vie - moins de 18 mois après leur élection. Trois libéraux, deux caquistes et une péquiste.

Les trois députés de l'opposition, Christian Dubé, Élaine Zakaïb et Gérard Deltell ont renoncé à leur «prime de départ» lorsqu'ils ont préféré la Caisse de dépôt et placement du Québec, l'entreprise Jacob ou la scène politique fédérale à leur fonction de député à Québec.

Les trois députés libéraux Yves Bolduc, Marguerite Blais et Gilles Ouimet jouent pour leur part le livre. Ils ont légalement droit à l'allocation et l'empochent. Seul M. Ouimet parle d'un remboursement possible. Qu'importe l'indignation de la population qui comprend mal que le gouvernement impose un régime strict à tous sauf aux députés, de surcroît à des députés démissionnaires. Qu'importe si cette allocation de transition porte mal son nom puisque la décision de partir est volontaire et semble grandement motivée par la déception de ne pas siéger au Conseil des ministres. Qu'importe si le départ prématuré entraîne entre 500 000 $ et 600 000 $ pour la tenue de chacune des élections partielles.

Bien sûr, tout le monde peut changer d'idée, obtenir une offre d'emploi plus alléchante, vivre des moments personnels douloureux, éprouver des difficultés à concilier travail et famille. Les électeurs et les contribuables n'attacheront pas les députés à leur fauteuil du parlement ou de leur bureau de circonscription s'ils ne veulent plus y être. La plupart souhaiteraient cependant que les députés ne leur refilent pas une facture lorsqu'ils décident de démissionner. Qu'ils assument leur choix et qu'ils y pensent deux fois plutôt qu'une avant de réclamer leur vote. 

Monsieur ou madame Tout-le-monde n'a pas droit aux prestations de chômage s'il claque la porte de son employeur parce que la motivation est disparue, que la tâche l'ennuie ou que le patron sous-estime ses talents ou ne partage pas son point de vue. Un employeur ne donne pas une indemnité à un employé (cadre ou syndiqué) qui part parce qu'il a reçu une offre d'emploi plus payante et plus stimulante chez le concurrent. Même chez les meilleurs boss, les salariés endeuillés ne reçoivent pas une indemnité de transition ou un «salaire différé» pour vivre leur peine à la maison. La comparaison privé-public, que certains font souvent, aurait ici sa raison d'être.

Le gouvernement Couillard ne peut plus remettre à plus tard une révision des conditions de travail des députés. Il doit préciser rapidement les conditions qui permettront dorénavant aux élus d'avoir droit ou non à une allocation. Changer des règles du jeu en cours de mandat ne se fait pas? Certains députés n'ont pas cette réticence lorsqu'il s'agit des conditions de travail des autres. 

Les parlementaires peuvent très bien procéder sans attendre de parvenir à une entente sur une réforme globale de la rémunération et du régime de retraite des élus, comme le proposait un comité indépendant formé de Claire L'Heureux-Dubé, François Côté et Claude Bisson. Un peu de courage et de discipline. Laisser filer le temps en attendant de voir si le prochain démissionnaire encaissera ou non une allocation n'est pas une solution très respectueuse des électeurs et des contribuables.

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