Les «pulsions» des militaires

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(Québec) Avec un chef d'état-major qui explique les agressions et le harcèlement sexuels dans ses troupes par la programmation et les pulsions biologiques des hommes, on mesure mieux encore l'ampleur du changement de culture qui s'impose au sein des Forces armées canadiennes. Heureusement que Tom Lawson quitte ses fonctions dans quelques mois. Reste à voir si son successeur, Jonathan Vance, reconnaîtra le problème et aura à coeur de le régler afin que les femmes et les personnes homosexuelles soient justement traitées au sein de l'armée.

Le député libéral Marc Garneau a bien décodé les propos et le comportement du général Lawson. «Ça veut dire que cet homme-là n'a pas vraiment compris la nature du problème. C'est quelqu'un qui est totalement débranché de la réalité du harcèlement sexuel, qui a des notions des années 50 et qui vraiment ne devrait pas être en charge des Forces armées canadiennes.»

M. Lawson quitte son poste à l'automne. Il a sans doute de grandes qualités, mais il n'était manifestement pas l'homme de la situation pour s'attaquer au harcèlement et aux agressions sexuelles qui minent les Forces armées depuis plusieurs années.

Justin Trudeau réclame la démission immédiate du chef d'état-major. Certains y voient en effet l'occasion d'envoyer un message fort et de signifier que le harcèlement et les abus ne seront plus tolérés. Mais ce qui compte avant tout, et ce qui aidera davantage les femmes et les homosexuels au sein de l'armée, ce sont des actions concrètes, un milieu de travail respectueux, un système de plaintes et de justice véritable, et non seulement de belles paroles. C'est Jonathan Vance qui doit introduire une nouvelle culture et la transmettre à tous les échelons.

Le constat dressé le mois dernier par l'ex-juge de la Cour suprême, Marie Deschamps, était implacable. «Il existe au sein des Forces armées canadiennes un problème incontestable de harcèlement sexuel et d'agression sexuelle qui nécessite une intervention directe et soutenue.» Cinq femmes ou hommes seraient agressés sexuellement chaque jour dans la communauté militaire canadienne.

Comme si ce n'était pas assez d'avoir limité le mandat de la juge Deschamps, de ne pas avoir acquiescé spontanément à sa recommandation de créer un «centre indépendant de responsabilisation en matière de harcèlement et d'agressions sexuels» et d'avoir écrit à 21hauts gradés que les autorités judiciaires responsables des enquêtes sur les inconduites sexuelles resteront inchangées, M. Lawson en a ajouté avec des propos étonnants lors d'une entrevue bilan au réseau anglais de Radio-Canada. Il a beau avoir présenté des excuses, le mal est fait et son mandat s'achève de façon peu glorieuse.

Par ailleurs, il ne suffit pas pour les parlementaires de dénoncer les commentaires de M. Lawson et de les juger inacceptables. Ils ont une part de responsabilité à assumer. Après des entretiens avec 700 individus, la juge Deschamps a constaté que «les membres des Forces armées canadiennes ont la nette impression que le traitement des cas d'agressions sexuelles par les autorités militaires est source d'un plus grand préjudice pour la victime que si le dossier est traité par les autorités civiles».

C'est le Parlement canadien qui a modifié en 1998 la Loi sur la défense nationale afin de permettre au système de justice militaire de traiter les accusations d'agressions sexuelles. Étant donné le portrait peu reluisant exposé par Mme Deschamps, Ottawa doit envisager de revenir à la situation précédente ou d'apporter de sérieux correctifs. Cela contribuerait sûrement à changer plus rapidement la culture au sein des Forces armées, des hauts gradés aux simples soldats.

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