Juste pour rire?

Mike Ward lui-même s'est réjoui de la popularité... (Archives La Presse, Édouard Plante-Fréchette)

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Mike Ward lui-même s'est réjoui de la popularité que lui ont value ses démêlés judiciaires avec Jérémy Gabriel et la Commission des droits de la personne.

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(Québec) Le jugement du Tribunal des droits de la personne dans la cause opposant Mike Ward et Jérémy Gabriel inquiète le milieu de l'humour. Il craint la judiciarisation, la rectitude, la censure, les limites à la liberté d'expression. Des préoccupations légitimes. Mais se peut-il aussi que certains humoristes de la lucrative «industrie du rire» craignent devoir hausser le niveau de leurs blagues et renoncer aux cibles faciles, comme se moquer à répétition et nommément d'un adolescent handicapé?

Les litiges touchant la liberté d'expression sont toujours délicats. On veut que les artistes, les animateurs, les auteurs, les journalistes, les caricaturistes, les citoyens puissent s'exprimer librement dans une société démocratique. On s'oppose au modèle unique, au conformisme, à la pensée formatée, au politiquement correct.

Malheureusement, cette précieuse liberté d'expression est parfois galvaudée. Elle peut servir de paravent à des individus plus soucieux d'augmenter leur cote de popularité et les dollars qu'ils peuvent en tirer, même si cela se fait au détriment de personnes vulnérables.

Mike Ward lui-même s'est réjoui de la popularité que lui ont value ses démêlés judiciaires avec Jérémy Gabriel et la Commission des droits de la personne. «J'ai bénéficié d'une large couverture médiatique, et ça ne m'a coûté que 93 000 $.» Qui peut croire sérieusement qu'il s'agit uniquement de défendre le droit à la liberté d'expression?

La liberté d'expression ne signifie pas que tout peut être dit. Ce n'est pas un droit absolu. La Cour suprême a établi à maintes reprises qu'elle pouvait être limitée par d'autres droits propres à une société démocratique (droit à la protection de la réputation, au respect de l'honneur, à la sauvegarde de la dignité et droit à l'égalité). Rappelons que les commentaires de Jeff Fillion sur Sophie Chiasson, et plus récemment son tweet sur Alexandre Taillefer, lui ont fait perdre sa tribune.

Même si Ward dit «trouver ridicule de se retrouver devant le tribunal pour des blagues dont tout le monde rit», celles-ci ne sont pas non plus sans conséquence. Le juge Scott Hugues rappelle que le litige Ward-Gabriel met en opposition deux droits fondamentaux : la liberté d'expression et le droit d'être protégé contre des propos discriminatoires. Il conclut que le second doit prévaloir.

Un jugement «complètement erroné» comme le prétend l'avocat de Ward, Julius Grey? Les tribunaux en décideront. En attendant, il suffit de se mettre quelques instants à la place de Gabriel et de ses parents pour comprendre qu'il vaudrait mieux que les humoristes cherchent leur inspiration ailleurs que chez un jeune handicapé.

En chantant pour le pape et avec Céline Dion, Jérémy Gabriel devenait un personnage public et s'exposait à la critique, font valoir certains. Comme si prendre pour cible un enfant qui surmonte son handicap en chantant publiquement était la même chose que d'écorcher un politicien aguerri, une chanteuse de renommée internationale ou un animateur vedette de la télé.

Ward a expliqué devant le tribunal que «le fait de ne pas rire de quelqu'un, c'est l'exclure, le considérer trop faible et le prendre en pitié. Rire de quelqu'un, c'est l'inclure». Il dit vouloir briser des tabous. Elle est bonne celle-là. On devrait se réjouir pour Gabriel plutôt que de parler d'une atteinte à ses droits et à sa dignité.

Sachant que ses 230 spectacles, ses capsules et leur reprise ont servi à ridiculiser et à intimider Gabriel, déjà victime de moqueries à l'école, on aurait pu s'attendre à ce que l'humoriste cesse de s'acharner sur un gars de 19 ans handicapé. Mais non. Le soir même du jugement, il a déclaré sur la scène qu'il allait continuer à dire tout ce qu'il veut dans toutes les langues. Ça ne mérite pas d'applaudissements.

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