Du labo à la rue

ÉDITORIAL / Beaucoup de gens sont tombés des nues, lundi matin, quand une étude... (123RF/Sergiy Serdyuk)

Agrandir

123RF/Sergiy Serdyuk

Partage

Partager par courriel
Taille de police
Imprimer la page

(Québec) ÉDITORIAL / Beaucoup de gens sont tombés des nues, lundi matin, quand une étude a révélé que seulement 44 % des Canadiens croient que le réchauffement de la planète s'explique «surtout» par les gaz à effet de serre (GES) rejetés en masse par l'activité humaine. Dans un pays qui, comme le Canada, aime beaucoup se sentir moralement supérieur aux États-Unis, on comprend aisément le choc. Mais au-delà des réactions émotives, il y a des conclusions et des leçons à tirer de ces données. Surtout pour les médias...

Les données ont été glanées de 2011 à 2015 pour des chercheurs de quatre universités, dont l'UdeM, et ont documenté l'opinion de 5000 adultes. Dans l'ensemble, une forte majorité (79 %) estime avec raison que la planète se réchauffe. Mais seulement 44 % l'attribuent principalement aux GES que l'humanité a émis depuis la révolution industrielle. Même en comptant ceux qui croient que les changements climatiques tirent «en partie» leur origine de l'activité humaine, on n'atteint que 61 %.

C'est dire qu'une majorité de Canadiens se trouve en porte à faux, à des degrés divers, avec un consensus scientifique on ne peut plus clair selon lequel le réchauffement actuel est très principalement le fait de l'humanité. Récemment, l'analyse de 12 000 articles scientifiques publiés à ce sujet entre 1991 et 2011 a trouvé que le tiers exprimait une position (ce n'est pas toujours pertinent dans le contexte d'une publication savante) et que parmi eux, 97 % identifiaient l'activité humaine comme le moteur principal. Une autre étude a examiné les publications et des citations de près de 1400 chercheurs ayant des publications en climatologie, et a conclu que 97 à 98 % sont de cet avis. Et plusieurs autres sondages du même genre conduits auprès de climatologues ou de météorologues ont obtenu, ces dernières années, des proportions de 85 % et plus.

Bref, on est devant une cassure : le savoir des climatologues ne «percole» manifestement pas très bien jusqu'à M. et Mme Tout-le-Monde. Les raisons sont sans doute multiples, mais dans ce genre de situation, ce sont habituellement les médias qui méritent l'essentiel des blâmes, parce qu'ils sont la principale courroie de transmission entre la recherche et la population.

Il est évident que l'obstination avec laquelle certains médias persistent à donner la parole à des climatosceptiques ne fait qu'empirer le problème. Mais au Canada, ce sont là des cas isolés.

Nous sommes très tentés de voir dans cette cassure un effet de cette triste habitude qu'a le «monde des communications» d'éviter comme la peste les sujets compliqués, par peur de se tromper ou (ça arrive) parce que l'on prend le public pour des imbéciles. Avec ses enchevêtrements de facteurs et son appareillage statistique, la climatologie est certainement un sujet difficile à faire comprendre et, dans pareille situation, tant les relationnistes que les journalistes ont le réflexe d'escamoter les explications ardues. Or, c'est justement dans ces détails, dans cette «poutine technique», que se cachent les arguments les plus probants. C'est une chose de savoir que plus de 95 % des experts adhèrent à une théorie. C'en est une autre, et une bien plus convaincante, de comprendre pourquoi.

Certes, c'est un défi plus grand que de donner des aperçus très (trop) globaux parsemés de quelques citations, mais les médias n'ont pas le droit d'en faire l'économie. Parce qu'en passant systématiquement par-dessus ces parties techniques, mais cruciales, les journalistes ne font pas qu'alléger leurs topos. Comme le montrent les statistiques de l'UdeM, ils échouent à leur tâche fondamentale de tenir leur public bien informé.

Partager

publicité

publicité

la liste:1710:liste;la boite:91290:box

En vedette

Précédent

publicité

la boite:1608467:box; tpl:300_B73_videos_playlist.tpl:file;

Les plus populaires : Le Soleil

Tous les plus populaires de la section Le Soleil
sur Lapresse.ca
»

CONTRIBUEZ >

Vous avez assisté à un évènement d'intérêt public ?

Envoyez-nous vos textes, photos ou vidéos

Autres contenus populaires

image title
Fermer