L'aveuglement du Comité olympique

Marcel Aubut... (Archives La Presse)

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Marcel Aubut

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(Québec) ÉDITORIAL / Le rapport rendu public cette semaine par le Comité olympique canadien (COC), à la suite des abus de son président, Marcel Aubut, est un écran de fumée. Et pourquoi a-t-on sorti ce rapport 24 heures avant que Dick Pound présente les conclusions de son enquête sur la corruption au sein de la Fédération internationale d'athlétisme? M. Pound, rappelons-le, siège au conseil du COC.

La stratégie du Comité olympique crève les yeux : occulter le passé en attirant l'attention vers l'avenir. Le conseil d'administration tente de laver sa réputation en se cachant derrière les recommandations du rapport. Mais pour qu'un mea culpa soit crédible, il faut d'abord dire quelle faute a été commise, et par qui.

Le nom de Marcel Aubut n'apparaît nulle part dans les trois pages du communiqué de presse publié par le COC. Et aucun membre du C.A. n'a eu de compte à rendre.

La seule plaignante qui a eu le courage de s'afficher publiquement pour faire éclater ce scandale, Me Amélia Salehabadi-Fouques, n'a été entendue ni par les auteurs du rapport ni par le COC auprès de qui elle avait porté plainte. Elle réclame la tenue d'une véritable enquête et la démission de tous les membres du conseil.

Ce rapport ne rend pas compte de l'ampleur et de la gravité des abus. Les auteurs ont parlé à plus d'une centaine de personnes, dont la «majorité» dit avoir été victime ou témoin d'abus. Quelle majorité au juste? Cinquante et une personnes ou quatre-vingt-cinq? Autant dire que tout le monde savait. Et témoin de quoi? Quand?

Les agissements de Marcel Aubut n'étaient un secret pour personne, même lorsqu'il a été élu président du COC. Ce que les employées du COC ont vécu, les secrétaires de Me Aubut, à l'époque des Nordiques, l'avaient aussi vécu, a reconnu hier Bernard Brisset, ancien patron des Nordiques, sur les ondes de Radio-Canada.

Selon le rapport, des gestionnaires et dirigeants du COC ont eu connaissance «d'informations suggérant que certains employés étaient victimes de harcèlement». Ils n'ont rien fait, pourtant, «malgré ce qui paraît être une reconnaissance qu'une telle surveillance était nécessaire». Ce qui «paraît être»?

Même s'il endosse les recommandations contenues dans le rapport, le conseil d'administration n'a ni la crédibilité ni la confiance requise pour les mettre en application.

Ce problème n'est pas limité à Marcel Aubut. Partout où prestige et pouvoir se confondent, il y a un potentiel d'abus. Bill Cosby, Jian Gomeshi ou Jimmy Saville, en Grande-Bretagne, ont sévi impunément pendant des décennies parce qu'ils étaient intouchables. Et dans le monde du sport, le pouvoir de l'entraîneur et sa proximité avec l'athlète multiplient le risque, comme ce fut le cas avec l'ex-entraîneur de l'équipe canadienne junior féminine de ski, Bertrand Charest.

Dans ce contexte, quel message envoie le COC avec son absolution inconditionnelle accordée aux dirigeants, sans autre constatation que celle d'avoir failli à la tâche? Le C.A., unanimement, a reconduit Chris Overholt au poste de chef de la direction. M. Overholt était l'un de ceux qui ont rencontré Marcel Aubut, en 2011, pour lui remettre une lettre d'avertissement. Aucun suivi n'a été effectué par la suite. Qu'a-t-il fait pour mériter cette confiance?

Le rapport constate que «plusieurs employés du COC croient que le Conseil d'administration et l'équipe de direction ont manqué à leurs obligations».

Ils ne sont pas les seuls. Et en être désolé ne suffira pas.

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