Est-ce qu'on s'écoeure de mourir en Syrie?

Partage

Partager par courriel
Taille de police
Imprimer la page

(Québec) Il y a 45 ans, à travers la murale de Jordi Bonet, Claude Péloquin a voulu provoquer le monde avec pour seule arme ses mots : «Vous êtes pas écoeurés de mourir bande de caves! C'est assez!»

C'était sa façon à lui de provoquer, de défier notre indifférence devant la mort. Mais combien de Syriens au juste faut-il voir mourir avant qu'on décide que, pour eux aussi, c'est assez?

Il y a déjà 250 000 cadavres qui s'empilent depuis 2011, sans compter les millions qui ont été soit blessés, soit forcés de fuir leur foyer.

Depuis le début de cette année seulement, plus de 10 000 d'entre eux ont trouvé la mort, dont le tiers sont des femmes ou des enfants. On dénombre, entre janvier et juillet, 3200 femmes et enfants tués. Là-dessus, 2500 l'ont été par leur propre gouvernement.

Personne n'a le monopole de l'horreur dans ce pays, mais aucun des groupes de rebelles, pas même l'État islamique, n'est en mesure de rivaliser avec le régime Assad dans ce domaine. C'est lui qui est responsable de 75 % des morts parmi la population civile, jusqu'ici cette année.

Ce n'est pas tant la cruauté qui distingue les troupes loyales à Bachar al-Assad que l'équipement. Les djihadistes n'ont ni avions ni hélicoptères. L'armée syrienne, oui.

Plus tôt cette année, Amnistie Internationale a publié un autre rapport sur les crimes commis à Alep par les forces en présence. Pour saper la résistance dans cette région, le gouvernement s'acharne sur des cibles civiles, des marchés, des écoles, sur lesquelles on jette des bombes conçues pour causer le plus de blessures, des barils pleins carburant et de pièces de métal en vrac.

La plus récente visait un marché, dans la ville de Douma, près de la capitale, Damas. Un massacre où plusieurs raids successifs des forces aériennes ont tué plus de 100 citoyens, et fait plus de 250 blessés.

Mais on dirait que plus les Syriens souffrent, moins le monde entend leurs cris.

La réponse des pays membres des Nations Unies, ou de l'OTAN, face à ces crimes est sans commune mesure avec l'ampleur du désastre dont toute l'humanité est pourtant témoin.

En 2014, la Syrie est devenue le pays d'où vient le plus grand nombre de réfugiés au monde, après la Palestine. Ils sont plus de quatre millions aujourd'hui, dispersés dans une centaine de pays. Un Syrien sur cinq a cherché refuge à l'étranger, la plupart du temps dans un pays voisin.

À l'intérieur même de la Syrie se trouvent plus de sept millions de réfugiés qui ont été chassés de leur foyer par cette sanglante idiotie. Au cours des 10 derniers mois seulement, selon les Nations Unies, un million de Syriens se sont ajoutés à ce flot de réfugiés.

L'Europe se dit dépassée par l'arrivée de milliers réfugiés qui traversent la Méditerranée ou se précipitent. Mais cette crise doit être relativisée, à côté de ce que vivent plusieurs pays comme le Pakistan, le Liban et la Turquie, où les réfugiés se comptent par millions.

Tout ce qu'on croyait éviter en s'abstenant d'intervenir est arrivé. Une guerre civile qui s'est transformée en désastre humanitaire et des groupes terroristes qui déstabilisent la région.

La Syrie est, pour la communauté des nations, un échec de même envergure que fut le génocide rwandais. Le fait qu'aujourd'hui encore, après la destruction de tout un pays, un gouvernement puisse utiliser impunément ses avions pour massacrer ses propres citoyens est une honte que rien ne pourra effacer.

Partager

publicité

publicité

la liste:1710:liste;la boite:91290:box

En vedette

Précédent

publicité

la boite:1608467:box; tpl:300_B73_videos_playlist.tpl:file;

Les plus populaires : Le Soleil

Tous les plus populaires de la section Le Soleil
sur Lapresse.ca
»

CONTRIBUEZ >

Vous avez assisté à un évènement d'intérêt public ?

Envoyez-nous vos textes, photos ou vidéos

Autres contenus populaires

image title
Fermer