Un drame enfin reconnu

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(Québec) Quarante et un ans plus tard, on ne sait toujours pas pourquoi une grenade active s'est retrouvée mêlée à des grenades inertes dans ce baraquement de Valcartier où six adolescents, tous de jeunes cadets, ont été tués en 1974. Une soixantaine d'autres avaient été blessés dans ce qui devait être un exercice de formation sur la sécurité des explosifs.

L'année suivante, l'officier militaire responsable de l'exercice avait été tenu criminellement responsable du drame par un coroner. En 1977, ce même officier a été acquitté par un juge qui avait conclu qu'il avait servi de bouc émissaire.

D'autres soldats des Forces armées canadiennes avaient aussi été montrés du doigt. Le coroner les avait accusés de négligence.

Comment une grenade active s'est-elle retrouvée au milieu des autres? Pourquoi une telle erreur? On ne le saura pas précisément.

Le rapport dévoilé mardi par l'ombudsman de la Défense nationale et des Forces armées canadiennes, Gary Walbourne, ne visait pas à faire la lumière sur cet aspect des choses. 

Ce type d'enquête a déjà été mené. On est obligé de conclure à une série d'erreurs et de négligences humaines.

Le rapport de Gary Walbourne n'est pas inutile pour autant. Bien au contraire. Son principal mérite est d'étayer solidement l'injustice commise envers les ex-cadets victimes du drame de Valcartier. Elle s'étale noir sur blanc.

Pas étonnant que le ministre de la Défense, Jason Kenney, qui en avait lu une version préliminaire, ait fait savoir il y a déjà deux semaines qu'il donnerait suite aux recommandations.

Si la campagne électorale à venir l'y obligeait sans doute, le contenu du rapport crée clairement une obligation morale pour le gouvernement canadien - ainsi que pour les Forces armées canadiennes.

Oui, elles et le ministère de la Défense auraient dû en faire davantage pour venir en aide à ces garçons de 14 et 15 ans dont ils avaient la garde. Ils ont fait fi de leurs responsabilités, s'en tenant à une lecture stricte et bornée des lois et des règlements.

«Il est évident qu'offrir de l'aide, des indemnités et des avantages à des membres des Forces canadiennes touchés directement ou indirectement par l'incident de 1974 sans offrir le même soutien aux garçons sous leur responsabilité [...] va à l'encontre des principes d'équité», souligne M. Walbourne.

Il recommande que chaque ancien cadet affecté physiquement ou psychologiquement ait droit à une évaluation et bénéficie de l'aide requise.

Ces évaluations individuelles ne devront pas servir de prétexte pour faire traîner les choses. Les survivants ont aujourd'hui la mi-cinquantaine.

Un tel drame ne pourrait plus se reproduire, nous dit-on. Les cadets ne participent plus, en effet, à des exercices sur les explosifs.

Mais il faut savoir que si un drame survenait aujourd'hui, l'actuelle législation ne permettrait pas à des cadets de demander l'aide d'Anciens Combattants Canada ou d'un régime de soins médicaux offert aux membres des Forces armées.

C'est une situation qu'il faudra absolument corriger. L'ombudsman promet d'y voir. Il le faut.

Les injustices demeurent toujours entières sans les efforts et la volonté de quelques individus.

Voilà pourquoi il faut ici souligner ceux déployés depuis des années par Charles Gutta, qui était adjudant-maître de la compagnie D du camp des cadets ce 30 juillet 1974.

En 2009, 35 ans après les faits, il était parvenu à rassembler des cadets présents lors de ce jour funeste. La cérémonie à laquelle avaient pris part une trentaine de survivants a rouvert les consciences.

Aujourd'hui, ce rapport les élargit. Le drame de Valcartier ne pourra plus être ignoré. Il est désormais officiellement reconnu.

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