Pour une chanson

Partage

Partager par courriel
Taille de police
Imprimer la page

(Québec) À ses débuts, Internet était souvent décrit comme une sorte de Far West, un territoire vierge sur lequel les lois écrites à une autre époque avaient peu de prise. Et il y avait sans doute un fond de vérité dans cette idée. Mais à la lumière de la dernière fronde menée par la chanteuse pop Taylor Swift, force est de constater que cette romantique cyberplaine s'est en partie transformée en un vulgaire pawn shop, où divers contenus acquis de manière floue sont aujourd'hui liquidés pour des bouchées de pain.

Dimanche, Mme Swift a vivement critiqué la politique d'Apple Music, le nouveau service d'écoute en continu (streaming) lancé ce mois-ci par le géant de l'informatique. Il a toujours été acquis qu'une partie des revenus - l'abonnement coûte 10 $ par mois - serait partagée avec les auteurs, compositeurs et interprètes, mais Apple Music offre également une période d'essai gratuit de trois mois au cours desquels la compagnie ne prévoit aucune compensation pour les artistes. Et c'est ce que Mme Swift a qualifié de politique «choquante» et «décevante».

Certes, de l'aveu même de la chanteuse, le seul fait que des acteurs importants de l'industrie de la musique travaillent à trouver de nouvelles manières de payer ses créateurs, de moins en moins nombreux à pouvoir vivre de leur art, est en soi une grande amélioration par rapport à l'âge d'or du téléchargement illégal, quand les Napster, LimeWire et compagnie érigeaient le vol en modèle d'affaires. Le fait qu'Apple s'est tout de suite rendu aux arguments de Taylor Swift montre également que les choses changent petit à petit.

Mais quand on y pense, cette volte-face donne aussi la mesure du chemin qu'il reste à parcourir. Dans n'importe quel autre domaine, l'idée même que l'on puisse s'arroger le travail d'autrui sous le seul prétexte que l'on n'en tire pas de revenu serait vu, et à juste titre, comme une aberration.

Les redevances faméliques que touchent la plupart des musiciens qui diffusent sur les plateformes de streaming racontent la même histoire, celle d'un monde virtuel où l'on n'accorde presque aucune valeur au contenu. Ainsi, en avril, le musicien Geoff Barrow, du groupe britannique Portishead, a calculé que YouTube, Spotify et d'autres sites d'écoute en continu lui avaient versé environ 2500 $ pour 34 millions d'écoutes. Et les histoires du genre se multiplient sur les réseaux sociaux.

Ces sites se défendent en soulignant qu'ils versent pourtant des millions en redevances chaque année. Et tant mieux s'il y a des musiciens qui obtiennent ce qu'ils méritent, mais le problème nous semble être ailleurs : même Spotify, qui occupe pourtant une place dominante dans ce marché, perd de l'argent. Malgré ses 60 millions d'utilisateurs - 15 millions sont «payants», à 10 $ par mois, les autres écoutent gratuitement des morceaux entrecoupés de publicités - et des revenus de plus de 1 milliard $, la compagnie suédoise a rapporté des pertes d'environ 200 millions $ en 2014.

Or il n'y a pas 36 façons d'interpréter ces chiffres : ils signifient que les Napster de ce monde nous ont tant inculqué cette fameuse «culture de la gratuité» sur le Web que plus personne n'accepte aujourd'hui de payer le juste prix pour du contenu (musical, journalistique, etc.) de qualité. Ils signifient que la seule pub en ligne ne suffit pas à payer décemment les artistes. Et que si le consommateur veut continuer d'avoir de la qualité, il devra finir par comprendre qu'il n'est que normal de la payer.

Partager

publicité

publicité

la liste:1710:liste;la boite:91290:box

En vedette

Précédent

publicité

la boite:1608467:box; tpl:300_B73_videos_playlist.tpl:file;

Les plus populaires : Le Soleil

Tous les plus populaires de la section Le Soleil
sur Lapresse.ca
»

CONTRIBUEZ >

Vous avez assisté à un évènement d'intérêt public ?

Envoyez-nous vos textes, photos ou vidéos

Autres contenus populaires

image title
Fermer