La supercherie électorale

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(Québec) Cela fait maintenant des semaines que nous sommes en campagne électorale. Le premier ministre ne donne plus de conférence de presse sans une armée de groupies, plantés devant un drapeau géant, pour symboliser l'adulation du bon peuple. La mise en scène est grossière et plutôt ridicule, mais M. Harper n'invente rien que ses prédécesseurs n'aient pas déjà fait.

Là où cette campagne se distingue de toutes les autres, c'est qu'elle se déroule en dehors du cadre légal. Puisque tout le monde sait à quelle date aura lieu le vote, à moins d'une surprise, plus besoin d'attendre que le gouvernement déclenche les élections. Et tous les coûts sont permis.

La Loi électorale n'est pourtant pas un caprice. Elle traduit la sagesse de plusieurs générations. Elle garantit une certaine équité, pour éviter qu'un déséquilibre des forces fausse les résultats.

Le problème, c'est qu'elle ne s'applique qu'à partir du déclenchement de l'élection, et cette échéance a perdu tout son sens. Auparavant, le parti au pouvoir se voyait obligé de cacher son jeu jusqu'au déclenchement, pour préserver son avantage. Cela obligeait les autres partis à ronger leur frein.

En éliminant ce levier, les partis peuvent se lancer dans la course quand ça leur chante, et dépenser sans compter jusqu'au jour où le premier ministre «déclenche» une élection qui, dans les faits, dure depuis des mois. Il s'agit, ni plus ni moins, d'une supercherie.

Plus tôt cette année, libéraux et conservateurs ont accusé le Nouveau Parti démocratique d'avoir utilisé des fonds du Parlement à des fins partisanes. C'est peut-être le cas, mais ce sont des miettes à côté des fortunes englouties par le gouvernement conservateur dans les campagnes de publicité qui chantent ses louanges.

On aurait pu construire deux amphithéâtres comme celui de Québec avec les centaines de millions dépensés depuis 2006. Les conservateurs ont même dépensé des millions de dollars pour vanter leur Plan d'action économique, deux ans après qu'il s'est terminé.

Jusqu'ici, seul le Parti libéral se montre conscient de cet enjeu et propose des moyens pour encadrer la publicité gouvernementale et élargir la portée de la Loi électorale au-delà du déclenchement. Le NPD n'a pas encore fait connaître ses couleurs, mais s'il aspire à gouverner le pays, il ne peut pas ignorer ce problème. On doit savoir comment il entend rétablir l'autorité de la Loi électorale et assurer un cloisonnement étanche entre la publicité partisane et celle de l'État.

Devant cette nouvelle dynamique, il faut modifier la Loi électorale pour que celle-ci assure un contrôle dans les 12 mois qui précèdent une élection. La campagne en cours prouve que les partis politiques ne peuvent s'autodiscipliner. La logique de n'importe quelle course débouche naturellement sur la surenchère.

Reste à voir maintenant si les électeurs seront terrassés par une indigestion électorale avant l'échéance. Non seulement cette campagne, qui n'en a pas encore ce nom, sera-t-elle la plus longue de l'histoire, elle sera aussi celle où l'on assistera au plus grand nombre de débats.

M. Harper boude le consortium des grands diffuseurs. On peut lui en faire le reproche, mais quel premier ministre ne cherchera pas à choisir le terrain qui l'avantage?

Dans ce dernier cas, au moins, il faut se réjouir, au contraire, des possibilités qui viennent avec la diversité des nouvelles plateformes. Dans la mesure où les règles d'un débat assurent l'impartialité, l'équité et n'excluent aucun leader, autant dépoussiérer la formule. Ce sont les électeurs qui gagnent au change.

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