L'humanité d'Omar Khadr

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(Québec) Quelques heures à peine après sa libération sur parole, il a suffi d'entendre parler Omar Khadr pour mesurer l'injustice dont le gouvernement canadien s'est rendu coupable à son endroit.

Ce jeune homme, abandonné par son père dans un conflit meurtrier, trahi par le gouvernement des États-Unis et par son propre gouvernement, au mépris des conventions internationales qu'ils avaient signées, a montré plus d'humanité envers ceux qui le diabolisent depuis 13 ans, que ceux-ci n'en ont jamais manifesté à son endroit.

M. Harper et son ministre de la Sécurité publique, Steven Blaney, se sont rendus complices d'abus qui entachent l'histoire du Canada. Notre pays a participé et encouragé ce procès, devant une commission militaire de pacotille. C'était la première fois, depuis la SecondeGuerre mondiale, qu'un «combattant» était ainsi traîné en procès pour des gestes posés alors qu'il était mineur.

Omar Khadr n'est pas - il n'a jamais été - le monstre que notre gouvernement s'est acharné à dépeindre. Les autorités canadiennes ont toujours eu en mains tous les documents qui le démontraient amplement. Elles ont sciemment choisi de les ignorer. La Cour suprême des États-Unis, et celle du Canada, ont plus d'une fois conclu que le simulacre de justice mis en scène par les États-Unis constituait une violation à la fois du Code de justice militaire des États-Unis et des Conventions de Genève.

Le traitement qu'on lui a infligé, jusqu'à la torture, est une violation flagrante des Principes de Paris et du protocole des Nations Unies sur les enfants-soldats dont le Canada est signataire, et dans lequel le ministère des Affaires étrangères aime se draper.

On comprend mieux pourquoi le gouvernement conservateur s'opposait avec autant de véhémence à ce que les des journalistes puissent interviewer le prisonnier. Tant qu'on le gardait à l'écart, le public n'avait aucun moyen de voir en lui autre chose qu'un nom, une image. Ottawa pouvait continuer à nier son humanité.

Plus maintenant. Lui reconnaître cette humanité, c'est en même temps reconnaître l'acharnement et l'aveuglement dont l'État canadien s'est rendu coupable.

À aucun moment, même après que ses actions aient été condamnées par la Cour suprême, le gouvernement a-t-il assumé les obligations qui lui incombaient envers ce jeune homme. N'eût été le travail inlassable d'avocats, de juristes et d'universitaires canadiens, Omar Khadr pourrirait encore dans une geôle de Guantanamo, comme une centaine de ses anciens codétenus, toujours piégés dans un goulag américain digne de Kafka, où les lois les plus élémentaires sont bafouées.

Depuis jeudi, Omar vit chez un des avocats qui l'ont défendu pendant plus d'une décennie, Dennis Edney. «J'ai donné des conférences partout à travers le monde, racontait-il en février. Mais nulle part n'ai-je été confronté à plus d'apathie qu'au Canada. Des centaines d'avocats m'ont ovationné, à Vancouver et puis à Edmonton, mais le lendemain, je n'ai pas reçu un seul coup de téléphone. Lorsque j'ai gagné ma cause, en 2008 devant la Cour suprême du Canada, qui a reconnu les violations des lois internationales, je croyais que les choses allaient changer, mais il n'y a eu aucune réaction, aucun outrage. Et il n'y en a toujours pas. Personne n'a demandé à ce gouvernement de rendre des comptes pour ses actes.»

Par le silence et l'indifférence, nous avons tous failli à nos responsabilités envers Omar Khadr,tolérant que les lois censées le protéger soient ignorées. C'est à nous qu'il revient de réparer ces torts.

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