Le cimetière des migrants

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(Québec) Le vendredi dernier, quand plus de 900 personnes s'entassaient sur un bateau qui allait devenir leur cercueil, et 48h à peine après un naufrage qui avait fait 400 victimes, le quotidien britannique The Sun publiait une chronique comparant les migrants à des «coquerelles capables de survivre à une bombe nucléaire», à un «virus».

Qu'un quotidien, tirant à deux millions d'exemplaires, juge acceptable une incitation à la haine digne du nazisme en dit long sur le climat de méfiance et de xénophobie qui empoisonne l'atmosphère par rapport à ce drame humain. 

Cette peur d'une partie de l'électorat n'est pas étrangère à la décision des gouvernements européens, l'automne dernier, de mettre fin à la mission de sauvetage Mare Nostrum, croyant ainsi dissuader les trafiquants. 

La mission de la marine italienne avait permis à plus de 150000 personnes d'arriver saines et sauves aux rives du continent, en 14 mois. Un exode d'une telle ampleur n'allait pas s'interrompre comme par magie. À partir du moment où l'effort de sauvetage était amputé, les tragédies devenaient, tôt ou tard, inévitables. 

La mort de plus de 1200 personnes en moins d'une semaine n'est pas un  accident. C'était un pari politique. Les dirigeants européens ont joué à la roulette russe, mais avec la vie des autres. Et ils ont perdu.

Ce bilan de 1200 morts, c'est l'équivalent de cinq vols MH370 qui s'abîment dans la mer en une semaine. Dire qu'on aura bientôt dépensé près de 100 millions $ à la recherche du Boeing de la Malaysia Airlines. Le sauvetage de milliers de réfugiés ne mérite-t-il pas un effort équivalent?

Le flot de personnes qui fuient la misère ou la violence n'est pas sur le point de s'interrompre. Près de la moitié des réfugiés viennent de deux pays : la Syrie et l'Érythrée. Le premier est à feu et à sang, l'autre, une prison à ciel ouvert. 

Le nombre de gens qui tentent leur chance dans cette traversée est à peu de choses près le même que l'année dernière à cette date. Ce qui a changé, c'est le nombre de morts. Plus de 1500 jusqu'ici cette année contre moins d'une centaine l'année dernière à pareille date. L'écart entre les deux montre l'étendue d'une erreur catastrophique. 

On estime qu'il y aurait actuellement plus d'un demi-million de personnes en Libye, qui attendent de tenter leur chance dans cette traversée infernale. Le phénomène est grave et complexe, mais il ne dispense pas les autorités européennes de leurs responsabilités pour autant. 

Réunis à Bruxelles jeudi, les dirigeants européens ont adopté un plan pour renforcer les opérations de sauvetage et aussi mené des opérations contre les passeurs libyens. 

Les récents naufrages ont tragiquement démontré que ces deux axes d'intervention doivent demeurer séparés. Quelle que soit l'efficacité de la lutte aux trafiquants, cela ne peut être un prétexte pour laisser mourir en mer des gens qui peuvent être sauvés. C'est un problème qui dépasse le cadre de l'Europe et qui devrait être traité sous l'égide de l'ONU.

Le Commissaire aux droits humains du Conseil européen remet en question la réglementation actuelle qui fait porter aux pays frontaliers, comme la Grèce, l'Italie et l'Espagne, tout le fardeau de cet exode. 

On ne pourra pas toujours se mettre la tête dans le sable. Ces migrations sont la réalité de notre siècle et elles ne disparaîtront pas de sitôt. Il faut cesser de ne voir là qu'un fardeau, nous demande l'Organisation internationale pour les migrations. L'Amérique, après tout, est un continent de migrants.

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