Santé mentale: une pilule ne suffit pas

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(Québec) Il peut sembler irréaliste de souhaiter ajouter un article de 400 millions $ dans le panier de services publics alors que le Québec éprouve déjà des difficultés à payer ses factures. L'idée d'élargir l'accès aux services de psychothérapie n'est cependant pas saugrenue. Si le gouvernement est sérieux lorsqu'il dit vouloir limiter la croissance des coûts en santé et accroître l'accès aux soins - y compris, espérons-le, en santé mentale -, il doit considérer cette option.

Le ministre de la Santé et des Services sociaux, Gaétan Barrette, se garde de commenter la demande du Collectif pour l'accès à la psychothérapie qui réclame que soient assurés les services de psychothérapie. Présentement, des milliers de Québécois doivent se contenter de prendre des médicaments pour soigner leurs troubles mentaux, car ils n'ont pas l'argent ni les assurances pour se payer des séances de psychothérapie. Le ministre attend l'avis de l'Institut national d'excellence en santé et en services sociaux (INESSS) avant de se positionner.

L'INESSS a reçu le mandat d'étudier la faisabilité d'une telle mesure après que le Commissaire à la santé et au bien-être, Robert Salois, eut recommandé en 2012 d'inclure la psychothérapie dans le panier de services publics.

Le contexte budgétaire pourrait en inciter certains à balayer cette proposition en donnant comme simple réponse : le Québec n'a pas les moyens. Le problème doit être posé autrement. Le Québec a-t-il les moyens de priver des milliers de Québécois de psychothérapie? Le Québec a-t-il les moyens de conserver la même approche, axée trop souvent uniquement sur la prise de médicaments?

Voyons quelques données. Dans 15 ans, la dépression sera la principale cause de morbidité dans le monde. Une personne sur cinq est susceptible d'être atteinte d'un trouble mental au cours de sa vie. Les troubles mentaux courants, notamment la dépression, sont à l'origine de 30 à 40 % de toutes les réclamations d'assurance-salaire et d'invalidité. L'Organisation mondiale de la santé estime que la moitié des troubles mentaux se manifeste avant l'âge de 14 ans. Les troubles anxiodépressifs constituent près des deux tiers des troubles mentaux. 

Devant ce tableau, le Québec n'a pas le choix de se demander si la façon dont il livre les soins en santé mentale est adéquate et si les deniers publics sont utilisés à la bonne place. En 2012, après deux ans de travaux, le commissaire Salois a conclu qu'il y avait urgence d'agir. Il recommandait de «diversifier le panier de services assurés dans le secteur de la santé mentale en garantissant un accès équitable à des services de psychothérapie».

Pour lui, ce n'est pas la disponibilité des psychothérapeutes qui fait défaut - le Québec compte plus de 8000 psychologues - mais bel et bien leur accès pour ceux qui n'ont pas d'assurance ou de revenus élevés. M. Salois prônait également la prévention en ciblant prioritairement les enfants et les jeunes de moins de 25 ans. Le Collectif donne lui aussi priorité aux jeunes et aux adultes sans assurance privée.

Selon le Commissaire, Québec devrait débourser 400 millions $ par année pour fournir des services de psychothérapie. Une baisse du taux d'absentéisme au travail, une consommation moindre de médicaments ainsi que moins d'hospitalisation réduiront la note. Des études révèlent que la facture de services médicaux peut être diminuée de 20 à 30 % avec la psychothérapie. L'Australie et le Royaume-Uni ont fait ce choix.

Le gouvernement parle constamment de faire plus et mieux, de réviser les programmes, d'optimiser et de vivre dans le siècle présent. En santé mentale, il a une belle occasion de montrer qu'il peut mettre en place un modèle qui correspondra aux besoins des malades et qui respectera la capacité de payer du Québec.

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