Un grand besoin de légitimité

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(Québec) Derrière les critiques qui visent le mouvement étudiant, la condescendance et le paternalisme ne sont jamais très loin. On ne peut pourtant pas leur reprocher d'être idéalistes, spontanés ou téméraires, ce sont des qualités qui nous font trop souvent défaut.

Mais il faut que les étudiants se prennent eux-mêmes au sérieux avant que la société fasse de même envers eux. Tant qu'ils ne s'entendront pas sur les balises qui permettent l'exercice de leurs droits, ce sera difficile pour eux d'obtenir le respect de leurs décisions.

Les manifestations du printemps 2012 ont remis en question le consensus social qui assurait jusque-là l'exercice du droit de grève. C'est un constat qui avait été fait dans un document produit, au début de 2014, pour la Fédération étudiante universitaire du Québec. «C'est le devoir de la communauté étudiante de déterminer les balises de leur propre démocratie», concluait cette étude.

C'est encore plus clair avec le mouvement actuel, qui ne jouit pas d'un appui comparable à celui de 2012.

Ça se voit aux affrontements qui se sont produits au Collège Édouard-Montpetit en mars; au déroulement chaotique du vote cette semaine au Cégep du Vieux Montréal, où la grève a été adoptée après avoir été rejetée à deux reprises; à la dissolution de l'Association facultaire étudiante de science politique et droit de l'UQAM, procédure qui a failli emporter aussi l'Association facultaire étudiante des sciences humaines (AFESH) de l'Université du Québec à Montréal.

Le mouvement de grève a commencé à s'estomper, mais ce n'est que partie remise jusqu'à l'automne. D'ici là, les associations vont élaborer de nouvelles stratégies, planifier la lutte pour défendre leurs valeurs. Il faudrait aussi qu'ils commencent à mettre de l'ordre dans leur propre maison, qu'ils pratiquent ce «respect de la dissidence» dont ils se réclament, qu'ils s'entendent sur des normes pour encadrer l'exercice du droit de grève, à partir du déroulement des assemblées jusqu'au respect des lignes de piquetage.

C'est encore plus important dans le contexte d'une grève dont les enjeux ne sont pas propres au mouvement étudiant. C'est une chose d'entreprendre un conflit pour défendre ses intérêts, c'en est une autre lorsqu'il s'agit des politiques du gouvernement provincial, avec lesquelles tous ne sont pas nécessairement en désaccord. Les syndiqués de la fonction publique qui seront probablement en grève à l'automne le font d'abord pour défendre leurs conditions de travail, pour s'opposer au gel salarial, entre autres choses.

Pour prétendre avoir le droit d'empêcher des collègues d'assister à leurs cours au nom de l'austérité, les associations étudiantes ont besoin de légitimité, par-dessus tout. À l'assemblée de l'AFESH cette semaine, la grève a été votée - sans décompte - lors d'une assemblée qui réunissait à peine plus de 10 % des 5200 membres.

Dans de telles conditions, les affrontements sont inévitables. Le mouvement étudiant doit réaliser qu'il en va de son propre intérêt de clarifier ses règles et ses pratiques. Dans l'état actuel des choses, cette question devrait être tout au sommet de ses priorités, autant que l'austérité et bien plus que le dossier des hydrocarbures, car il rendra aussi service à ceux et à celles qui le suivront.

L'association facultaire des sciences humaines de l'UQAM avait aussi rejeté, lors de son assemblée, une proposition visant le recours à un mode de scrutin électronique. Sans être une panacée, cet outil finira sans doute par s'imposer tôt ou tard.

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