Iran-États-Unis, 60 ans plus tard

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(Québec) L'entente de principe conclue entre l'Iran et le groupe des 5+1 (France, Allemagne, Grande-Bretagne, Chine et Russie, et États-Unis), la semaine dernière, marquera un tournant dans les relations entre l'Occident et ce poids lourd du Moyen-Orient.

La tension entourant ces pourparlers était aussi grande que les enjeux, et leur succès est dû à une volonté mutuelle de rapprochement. L'élection de Hassan Rouhani, en 2013, était en quelque sorte un produit de la révolte de la jeunesse iranienne, qui s'était élevée contre la réélection de Mahmoud Ahmadinejad en 2009. L'Iran a beaucoup changé pendant la dernière décennie. L'effervescence qui régnait à Téhéran à l'annonce de cet accord est on ne peut plus éloquente à cet égard.

Les propos de Rouhani, au lendemain de l'entente, visaient à apaiser les inquiétudes des pays, surtout les pays d'allégeance sunnite, devant l'influence grandissante de Téhéran. «Nous voulons la fin des tensions et des hostilités, là où il y en a. Cette nouvelle coopération avec le monde ouvre une nouvelle page...», a-t-il déclaré. Jusqu'ici, les gestes du président iranien correspondent à son discours.

M. Rouhani déclarait en janvier, dans une conférence à Téhéran, que l'Iran devait mettre fin à son isolation si elle voulait développer son économie. « Le temps où l'on croyait que des investissements étrangers menacent notre indépendance est révolu.»

La méfiance des Iraniens envers les États-Unis est loin d'être sans fondement. C'est Washington et Londres qui ont orchestré, en 1953, le renversement du gouvernement démocratiquement élu de Mohammad Mosaddegh, pour empêcher la nationalisation des réserves pétrolières.

Cette entente de principe est le premier signe, 60 ans plus tard, qu'il est possible de rétablir, à tout le moins partiellement, un certain lien de confiance, mais il est encore trop tôt pour crier victoire. L'Iran aura fort à faire pour en arriver à une entente finale à la date prévue du 30 juin.

Si on se fie au déroulement des négociations jusqu'ici, il ne faudra pas se surprendre si la date butoir est retardée. D'ici là, les forces conservatrices vont essayer de miner cet accord : aux États-Unis, en Iran, et surtout en Israël.

Les négociateurs iraniens doivent maintenant convaincre leurs concitoyens qu'ils n'ont pas sacrifié le programme nucléaire pour arracher cet accord, en même temps qu'ils doivent convaincre les pays occidentaux qu'ils n'ont pas l'intention d'utiliser le programme pour développer des armes nucléaires. C'est loin d'être gagné.

Aucun accord n'aurait fait l'unanimité, de toute façon, mais si celui-ci est fortement critiqué de part et d'autre, ce sera sans doute la meilleure indication que les négociateurs ont bien travaillé.

L'appui des Iraniens sera conditionnel à la levée des sanctions qui étranglent le pays depuis 10 ans. Il ne faudra pas que ces allègements tardent trop à se concrétiser, même si du côté américain les opposants au sein du Congrès accepteront difficilement que le président relâche la pression avant d'avoir des preuves suffisantes de coopération.

Ce rapprochement reste néanmoins la meilleure nouvelle à survenir dans cette région depuis longtemps, même si tout est relatif avec tant de conflits. L'Iran ne reniera pas ses liens avec les groupes armés palestiniens ni avec le régime Assad en Syrie. Le pays fournit de l'armement aux rebelles chiites Houthis au Yémen, contre la coalition placée sous l'autorité de l'Arabie saoudite, elle-même appuyée par les États-Unis. Le travail ne fait que commencer.

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