Avortement: cause toujours

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(Québec) «Il n'y aura pas, ni maintenant, ni dans 5 ans, ni dans 10 ans, de limitation à l'accès à l'avortement», jure le ministre Gaétan Barrette. «Le gouvernement ne va ni directement ni indirectement limiter l'accès à l'avortement», insiste le premier ministre Couillard. Totalement rassurés par ces propos? Non. Pas besoin de retourner à l'époque où les femmes utilisaient des aiguilles à tricoter pour s'inquiéter de l'accès à l'avortement. Suffit de reculer six et neuf ans en arrière pour se convaincre que même au Québec, les femmes ont intérêt à demeurer vigilantes.

Dans les rangs libéraux, la manchette de mercredi du Devoir voulant que le projet de loi 20 du ministre Barrette viendrait restreindre le nombre d'interruptions de grossesse a dû rappeler de mauvais souvenirs. En 2009, le Dr Yves Bolduc, alors ministre de la Santé, s'était aussi retrouvé sur la sellette à cause de l'avortement. Son projet de loi 34 sur les centres médicaux spécialisés dictait des normes de sécurité si sévères que des cliniques menaçaient de cesser de pratiquer des interruptions de grossesse, incapables de se doter de blocs opératoires. L'accès aux services risquait d'être restreint.

Devant le tollé soulevé (que M.Barrette avait alimenté à titre de président de la FMSQ) et après un avis du Collège des médecins, le ministre avait finalement modifié la loi 34, ce qu'il refusait au départ. Le premier ministre Jean Charest était aussi venu à sa rescousse. «On l'a fait, ce débat. C'est réglé. On ne reviendra pas là-dessus. Les femmes doivent avoir accès à ce service.»

Malheureusement, malgré les belles paroles, ce n'est jamais vraiment réglé. Et ce, même si les parlementaires, toutes couleurs confondues, votent unanimement des motions à l'Assemblée nationale pour réitérer le droit des femmes à l'avortement, lorsqu'une menace vient du Parlement canadien.

Et pourtant, le problème n'est pas toujours à Ottawa. Ni toujours chez les conservateurs qui reviennent à la charge avec des projets de loi même si leur chef Stephen Harper répète qu'il ne va pas rouvrir le débat.

En 2006, la Cour supérieure a condamné le gouvernement du Québec à verser 13 millions $ à 40000 femmes qui avaient dû, entre 1999 et 2005, se faire avorter dans des cliniques privées ou des centres de santé des femmes, et payer pour un service qui aurait dû être gratuit car assuré en vertu de la Loi sur l'assurance maladie. La juge Nicole Bénard concluait que Québec violait ses propres lois en toute connaissance de cause, pour des raisons financières. Le gouvernement Charest n'avait pas porté le verdict en appel.

Selon le ministre Barrette, Le Devoir et une trentaine de médecins ont ameuté 50 % de la population sur quelque chose qui n'est pas dans son projet de loi 20. Ils ont créé un «drame injustifié» et provoqué un faux débat. Nous ne partageons pas cet avis. Le passé révèle qu'il vaut mieux être sur ses gardes lorsqu'il s'agit d'accès à l'avortement et de gratuité.

Cette sortie médiatique rappelle aussi l'importance d'accompagner le projet de loi 20 de règlements clairs que le ministre aura dictés après avoir entendu le milieu et tenu compte de sa réalité et de ses besoins. Au lieu de s'en prendre constamment à ceux qui ne «comprennent pas» et qui exposent les failles de sa législation, M. Barrette devrait faire preuve de modestie, mieux ficeler ses projets et s'assurer qu'ils seront clairs pour tout le monde et non seulement pour lui et son entourage.

Tant mieux si MM. Couillard et Barrette disent vrai et si les jeunes filles, les femmes et les médecins n'ont rien à craindre pour les services de planification familiale et d'interruption de grossesse. Bravo si ces services sont améliorés. La population jugera sur des faits et non seulement sur des paroles.

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