Comment tuer la concurrence

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(Québec) Derrière la complexité des projets informatiques de l'État québécois se cache une question d'une grande simplicité: voulons-nous d'un marché concurrentiel ou non? Si on veut la concurrence, alors il faut remettre en question le système actuel, car il est basé sur des monopoles, ceux des Cisco, Microsoft, IBM, Oracle et Cie.

Le président du Conseil du trésor, Martin Coiteux, a annoncé cette semaine qu'il demandait à l'Unité permanente anticorruption et au Vérificateur général de pousser plus loin leurs enquêtes à la suite des arrestations effectuées récemment.

Son cabinet prépare aussi une revue en profondeur des pratiques contractuelles de l'administration publique dans ce domaine, mais cet examen sera stérile s'il ne va pas au-delà de l'éthique.

Il y a deux éléments qui vont droit au coeur du problème : le processus par lequel on choisit une solution, d'abord, et en deuxième lieu la liberté que nous offre la solution choisie.

Le choix d'une solution informatique ne peut pas être laissé aux seuls informaticiens. L'Université Laval a englouti une fortune dans son système de gestion des études (Capsule), parce que la solution retenue ne permet pas d'organiser les données en fonction des programmes, qui sont la base de toute l'architecture de services et du financement.

Au provincial, le logiciel de solutions d'affaires en gestion intégrée des ressources (SAGIR) est l'exemple d'un produit qui complique la vie des utilisateurs. La visualisation des données est incomplète, il est difficile d'interroger le système et certains préfèrent créer leurs propres outils avec d'autres logiciels pour contourner SAGIR.

Les enquêtes sur des malversations sont nécessaires, mais elles risquent de masquer ces faiblesses structurelles qui doivent être corrigées. L'examen en cours ne peut pas l'ignorer si on ne veut pas répéter les mêmes erreurs à l'avenir. On n'achète pas un système d'information comme on achète une automobile. Ceux et celles à qui le système est destiné doivent participer à son choix pour assurer qu'il colle bien aux pratiques. Et, surtout, les administrations doivent être imputables des décisions prises au terme du processus.

Ensuite se pose la question du logiciel libre, qui est mal comprise. Un logiciel, qu'il soit libre ou propriétaire, c'est du code et seulement du code. La question n'est pas d'écarter ou d'inclure le logiciel libre, mais là encore de se demander quels sont les besoins de l'État en sécurité, en flexibilité, en coûts, pour ce code.

C'est ce qu'a fait le département de la Défense des États-Unis. Si la flotte américaine de sous-marins nucléaires a choisi Linux, c'est pour des raisons précises, parce que l'accès au code permet d'en faire l'analyse détaillée, qu'il permet aussi de le modifier sans restriction et rapidement pour répondre aux besoins et aussi parce que l'usager n'est pas captif d'un fournisseur unique. Tout ça est décrit dans une note publiée par le ministère, qu'on trouve facilement sur le Web.

Le document justifie ce choix par l'accessibilité au code, qui permet de le partager avec tous les autres services et même avec le public, ce qui lui confère alors une valeur patrimoniale.

Un logiciel propriétaire n'a pas cette valeur, puisque l'acheteur ne peut ni s'approprier le code ni le partager. C'est un passif, comme une auto louée.

Le défi de l'État québécois, c'est d'assumer sa responsabilité de nos données. Et ça ne sera pas facile, car les liens tissés entre le Centre des services partagés et les monopoles informatiques en font une véritable toile d'araignée qui étouffe la concurrence.

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