Le CRTC joue avec le feu

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(Québec) La semaine dernière, le Conseil de la radiodiffusion et des télécommunications canadiennes (CRTC) a annoncé qu'il entendait détruire les cloisons et les fondations du système canadien de télédiffusion pour les remplacer par quelque chose de neuf, de différent. Mais maîtrise-t-il vraiment les matériaux avec lesquels il doit travailler?

Le modèle qui a assuré jusqu'ici la production de contenu canadien doit inévitablement changer, car l'environnement et les moyens de communication eux-mêmes sont en bouleversement.

La majorité des mesures prévues dans cette politique répondent surtout à la problématique du marché anglophone, mais elles s'appliqueront dans l'ensemble du pays et menacent des acquis dans le marché francophone. Le marché québécois trouve pourtant dans la situation actuelle un meilleur équilibre que chez nos concitoyens anglophones, avec lequel nous avons remporté, à notre échelle, beaucoup plus de succès. Il aurait fallu que la politique reflète cette asymétrie pour nous rassurer sur ses effets. Malheureusement, ce n'est pas le cas.

D'autres mesures répondent par ailleurs à des changements de paradigmes qui touchent toute les sociétés, sans égard à la langue. La relation entre consommateurs, producteurs et diffuseurs est bouleversée. Auparavant, c'est le diffuseur qui choisissait le jour et l'heure de présentation d'une émission. C'est de moins en moins vrai, alors qu'un vaste choix de contenu est à portée de clics, à toute heure du jour, où que l'on soit.

Le CRTC en conclut que le rôle d'intermédiaire des diffuseurs est appelé à s'effacer. Mais est-ce vraiment le cas? Les diffuseurs se transforment, mais ces changements déboucheront-ils plutôt sur une plus grande concentration aux mains des groupes intégrés, qui contrôlent tous les canaux de télécommunication (cellulaire, câble, télé et radiodiffusion), les Vidéotron, Bell et Rogers de ce monde?

Les deux changements les plus importants portent sur les exigences de contenu canadien pendant le jour, qui tombent à zéro, et sur la fin de la protection des canaux spécialisés.

Le Conseil fait le pari qu'en donnant plus de latitude aux diffuseurs pour la programmation de jour, ceux-ci vont investir dans une production canadienne de qualité pour les heures de grande écoute, en soirée, où les quotas sont inchangés.

C'est un pari risqué. Lorsque les nouvelles règles entreront en vigueur, un diffuseur pourrait se contenter de trois heures de production canadienne par jour. La nouvelle politique contient même des incitatifs qui faciliteront le recours au doublage d'émissions produites hors Canada. Cela fait sans doute partie de la stratégie de «qualité c. quantité», mais si le résultat est qu'on se retrouve avec un plus grand nombre d'émissions traduites, on devra s'interroger sur ces gains.

Cela soulève aussi le problème de la production de contenu pour enfants. Le CRTC a remis à plus tard sa décision sur ce volet, mais il est important de s'assurer que la jeune clientèle ait accès à une production de qualité à laquelle elle peut s'identifier et dont elle peut reconnaître la valeur.

En mettant un terme à la «protection de genres», qui a permis le développement des chaînes spécialisées, on risque aussi de nuire à ce qui a été jusqu'ici une source importante de créativité pour le marché francophone.

La politique couvre un spectre si large qu'on mettra des années avant d'évaluer ses retombées. Le CRTC joue avec le feu et, s'il se trompe, c'est nous qui nous brûlerons les doigts.

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