Deux hommes et un niqab

Partage

Partager par courriel
Taille de police
Imprimer la page

(Québec) S'il y a un débat dont on n'avait aucunement besoin, c'est celui qui entoure le port du niqab lors de cérémonies de citoyenneté. La Cour fédérale a rendu une décision dans ce dossier, et M. Harper nous aurait rendu un grand service s'il s'était donné la peine d'en prendre acte.

Le problème du premier ministre, c'est qu'il s'imagine que le rôle du juge est de mettre en application ses volontés. Quelqu'un devra lui expliquer, un jour, que ce sont les lois qui sont interprétées par les juges, et non pas ses humeurs.

Le jugement, qui vient d'être porté en appel, est limpide. Les règlements stipulent que la prestation de serment doit être faite «en accordant la plus grande liberté possible pour ce qui est de la profession de foi religieuse». Ainsi le veut la loi, et un ministre ne peut imposer à un juge des restrictions qui contreviennent à cette exigence.

Le jugement corrige par ailleurs une autre incohérence. La directive ministérielle stipule que le juge doit voir et entendre le citoyen prêter serment, pour que celui-ci soit valide. La Cour fédérale rappelle cependant que la loi - encore elle - prévoit que c'est la signature apposée au bas du certificat qui confirme le serment.

Le premier ministre connaît très bien la teneur du jugement, mais cela lui importe peu. Il utilise cette cause dans un seul but : polariser un débat dans l'espoir de se maintenir au pouvoir.

C'est pourtant lui qui créait, en 2013, un Bureau de la liberté de religion, qu'il décrivait alors comme une «valeur canadienne fondamentale».

À cause de son entêtement et de son étroitesse d'esprit, il a transformé ce qui aurait dû n'être qu'un incident en débat national et alimenté inutilement les préjugés à l'égard de la religion musulmane. Tout ça pour quelques votes.

En face de lui, le chef libéra Justin Trudeau aurait pu trouver mieux que de brandir l'épouvantail de l'antisémitisme au temps de la Seconde Guerre mondiale. Seul Thomas Mulcair, semble-t-il, a su garder la tête froide et faire montre du jugement qu'une situation aussi délicate exige.

Le port du niqab est l'une des rares choses sur lesquelles la majorité des Canadiens s'entendent. Oui, c'est un anachronisme qui va à l'encontre de nos valeurs, de la façon dont nous voulons vivre. Mais la croisade - un mot lourd de sens - du premier ministre risque d'avoir un effet boomerang.

Il suffit d'interdire une chose pour que celle-ci prenne soudainement de la valeur, car elle devient alors une affirmation de liberté. La même logique vaut pour le niqab, qui attire encore plus l'attention sur ce qu'il est censé dissimuler.

Une étude réalisée en France en 2011, auprès de femmes portant le voile intégral, montrait que les plus jeunes d'entre elles l'avaient adopté après que le sujet fut devenu une controverse nationale. Le «débat», disaient-elles aussi, n'a fait que multiplier les insultes et le harcèlement de la part de ceux-là mêmes qui disaient pourtant voir en elles des victimes.

S'il y a une leçon à tirer, c'est peut-être que la meilleure façon de minimiser l'attrait de cette pratique, c'est encore de l'ignorer. Cela restera le choix d'une infime minorité. Si on fait l'erreur d'en faire un enjeu national, le niqab n'aura que plus de valeur encore aux yeux de celles qui y verront une façon de s'affirmer.

Et puis, ne jugeons pas trop vite. Encore aujourd'hui, au Québec, il existe des congrégations de soeurs cloîtrées : Rédemptoristes, Soeurs de la Providence, Moniales bénédictines de Joliette, Carmélites de Dolbeau. Serions-nous aussi durs envers elles?

Partager

À lire aussi

publicité

publicité

la liste:1710:liste;la boite:91290:box

En vedette

Précédent

publicité

la boite:1608467:box; tpl:300_B73_videos_playlist.tpl:file;

Les plus populaires : Le Soleil

Tous les plus populaires de la section Le Soleil
sur Lapresse.ca
»

CONTRIBUEZ >

Vous avez assisté à un évènement d'intérêt public ?

Envoyez-nous vos textes, photos ou vidéos

Autres contenus populaires

image title
Fermer