La vie, la mort et l'hypocrisie

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(Québec) Il n'y a rien de plus cynique, en politique, que l'exploitation de la douleur à des fins partisanes. C'est pourtant ce que fait le premier ministre canadien depuis plus d'un mois en annonçant, toujours devant un parterre de partisans, de nouvelles législations qui visent à exploiter ce précieux filon: la peur.

Le rôle d'un premier ministre n'est pas de répandre la peur dans la population, mais c'est exactement ce que fait le nôtre, usant de tous les superlatifs afin de polariser l'opinion, avec pour premier objectif de gagner des votes.

Ce fut encore le cas la semaine dernière avec l'annonce d'un autre projet de loi pour éliminer toute possibilité de libération conditionnelle dans le cas de certains meurtriers purgeant une peine d'emprisonnement à perpétuité.

À quel problème au juste veut-on s'attaquer? On n'en sait trop rien, car l'argumentation se limite aux émotions. Cette loi, nous explique-t-on, vise les «criminels les plus haineux, les crimes les plus horribles», comme s'il s'agissait de la bande-annonce d'un polar.

La loi visera cinq catégories : agression sexuelle, enlèvement, terrorisme, meurtre d'un agent et meurtre d'une brutalité extrême. Le Canada est pourtant déjà l'un des pays qui imposent les peines les plus dures au monde.

Les dispositions sur les libérations remontent à l'abolition de la peine de mort, en 1976. Elles visent à inciter les prisonniers à la réhabilitation, et ainsi diminuer le niveau de risque pour les gardiens de prison, entre autres.

Sur 991 prisonniers admissibles à faire une demande, entre 1987 et 2008, seulement 125 prisonniers ont bénéficié d'une libération et de ce nombre, 15 ont dû être ramenés en prison.

En 2011, le gouvernement a aboli la disposition dite du «faible espoir», par laquelle un jury pouvait réévaluer le dossier d'un prisonnier, avant de lui permettre de faire une demande de libération conditionnelle avant le minimum prévu de 25 ans.

Le nouveau texte de loi éteint tout espoir, et tout incitatif à la réhabilitation. Pire encore, le cabinet entend se substituer aux juges et à la Commission des libérations conditionnelles (CLCC). Ce sont en effet les ministres qui étudieraient toute demande de libération conditionnelle, mais pas avant un minimum de 35ans d'emprisonnement. Non seulement on confond ainsi les pouvoirs législatif et judiciaire, mais en plus on politise ce qui devrait être une décision administrative.

Il y a plusieurs raisons de revoir le régime actuel, pour éviter que des victimes soient forcées de replonger dans leur douleur chaque fois qu'un condamné redevient admissible à une libération conditionnelle, tous les deux ans. Mais il vaudrait mieux donner à la CLCC de nouveaux outils pour arriver à cette fin plutôt que de l'empêcher de faire son travail.

Si M. Harper se préoccupait réellement de notre sécurité, il s'intéresserait aussi aux efforts faits en prévention et réhabilitation. Mais vous ne le verrez jamais parader dans l'un des 16 Cercles de soutien et de responsabilité (CSR), qui oeuvrent à la réintégration des délinquants sexuels.

Sécurité publique Canada a investi 7,5 millions $ dans une étude menée sur cinq ans, qui conclut que chaque dollar dépensé dans les CSR entraîne une économie de 4,60 $ grâce à une réduction impressionnante du nombre de récidives.

Résultat? Le gouvernement vient de couper leur aide financière et leur survie est désormais menacée. Il est nettement plus payant, en période d'élections, d'alimenter la peur par rapport aux délinquants sexuels que de les soigner.

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