Le mobile de Vladimir Poutine

Partage

Partager par courriel
Taille de police
Imprimer la page

(Québec) Le meurtre de Boris Nemtsov témoigne du fossé qui nous sépare de la Russie. Vu d'ici, Vladimir Poutine est coupable, jusqu'à preuve du contraire, d'un assassinat qu'il aurait commandité, ou à tout le moins souhaité.

Mais pour la majorité des Russes, le danger ne vient pas de l'intérieur, mais des États-Unis, qui auraient fomenté la révolution en Ukraine dans le but ultime de déstabiliser leur pays, ce en quoi ils n'ont pas tout à fait tort.

Il n'y a aucune chance qu'une enquête, placée sous la responsabilité ultime du président, attribue à celui-ci le moindre rôle dans cette mort violente. De toute façon, disent ses partisans, pourquoi M. Poutine aurait-il fait disparaître un opposant qui avait perdu beaucoup de sa popularité?

Mais cet argument, pris à l'envers, fournit un excellent mobile.

Le régime ne pourrait pas éliminer un opposant au sommet de sa popularité, sans risquer de cimenter l'opposition. On préfère le traîner en justice sous toutes sortes de prétextes. Ce fut le cas de Mikhail Khodorkovsky, l'adversaire le plus redouté du président, qui a croupi près de 10 ans en prison avant de se voir accorder un pardon, suivi d'un exil en Suisse.

Un autre opposant, Alexeï Navalny, a subi le même traitement. Dans ce dernier cas, on a poussé l'audace plus loin. C'est son frère cadet qui a été jeté à la prison, pour servir d'otage. Ajoutez à cela la mort d'une dizaine d'opposants et de plus de 20 journalistes depuis que M. Poutine est au pouvoir.

Boris Nemtsov ayant perdu une grande part de sa popularité, on pouvait faire d'une pierre deux coups : faire taire un critique de la guerre en Ukraine et intimider ce qui reste de l'opposition.

Le prix politique à payer est négligeable, il y aurait même un bénéfice : on peut blâmer les ennemis du régime, islamistes ou Ukrainiens, pour solidifier encore plus l'appui dont jouit le président. À travers cet ennemi plus faible, on porte un coup aux ennemis plus forts.

La date, 27 février, anniversaire de la prise du parlement de Crimée par les troupes prorusses, et le lieu, à quelques pas du Kremlin, sont lourds de signification. Ceux à qui s'adressait le message l'ont compris.

Un mobile ne fait pas nécessairement un meurtrier, et de toute façon le rôle que le président aurait ou n'aurait pas joué dans cet attentat est secondaire. Ce qui l'est moins, c'est qu'après 15années de pouvoir, il a fait de la Russie une dictature. La démocratie existe, mais elle ne sert que de décor dans un spectacle dont il est le metteur en scène. Contester son autorité entraîne la prison ou la mort.

Vladimir Poutine s'est assuré un pouvoir absolu. L'élite économique, pour survivre, doit lui prêter allégeance et gonfler ses coffres. Sa fortune personnelle se calcule aujourd'hui en dizaines, voire en centaines de milliards de dollars.

L'autre levier par lequel il assure la pérennité de son pouvoir, c'est l'information. La quasi-totalité des réseaux sont sous son contrôle ou bien lui sont fidèles. Le résultat est un système qu'on dirait sorti tout droit du monde de George Orwell. Les slogans et la propagande ont été remplacés par un divertissement conçu pour alimenter une certaine paranoïa, envers les homosexuels, les terroristes ou les États-Unis, des dangers auxquels seul le président peut remédier.

Les tribunes qui permettraient à une opposition de contrebalancer le pouvoir sont ou bien marginales, ou bien inexistantes. Le meurtre de Nemtsov fait taire une des rares voix capables de jouer ce rôle. Il y en a qui sont morts pour moins que ça.

Partager

publicité

publicité

la liste:1710:liste;la boite:91290:box

En vedette

Précédent

publicité

la boite:1608467:box; tpl:300_B73_videos_playlist.tpl:file;

Les plus populaires : Le Soleil

Tous les plus populaires de la section Le Soleil
sur Lapresse.ca
»

CONTRIBUEZ >

Vous avez assisté à un évènement d'intérêt public ?

Envoyez-nous vos textes, photos ou vidéos

Autres contenus populaires

image title
Fermer