Uber, entre fiction et réalité

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(Québec) Le ministère des Transports se devait d'agir rapidement et d'envoyer un signal clair face au déploiement du service UberX, s'il entendait affirmer sa juridiction, que la multinationale veut contourner.

En procédant à la saisie des véhicules de conducteurs fautifs, le ministère fait preuve de cohérence, mais cela ne fait que retarder l'échéance, car il faudra tôt ou tard revoir la réglementation pour l'adapter à une nouvelle réalité, même si cette réalité n'est pas nécessairement celle que préconise Uber.

L'enjeu de cette bataille est clair: c'est l'argent. Les revenus de la multinationale américaine se calculent désormais en milliards de dollars et elle est en pleine période de croissance, avec un chiffre d'affaires qui triple d'année en année. 

La mission d'Uber n'est pas de démocratiser le transport, c'est de faire de l'argent. On ne lui en fera pas le reproche, mais c'est une donnée qu'on doit garder à l'esprit quand elle prétend défendre le consommateur face au «monopole» du taxi.

Il n'y a pas de monopole du taxi, pas plus qu'il n'y a de monopole des médecins ou des plombiers. Il y a une réglementation qui établit les conditions dans lesquelles doit s'exercer un service rémunéré de transport des personnes. Uber a de bonnes raisons de vouloir élargir le cadre actuel, mais certains de ses arguments relèvent de la fiction, notamment quand elle invente une distinction entre entreprise technologique - ce qu'Uber prétend être -  et service de transport - ce qu'elle ne serait pas.

«Uber is not a transportation provider», clame-t-elle dans son site Web. Sans doute qu'à force de le répéter, l'entreprise a fini par croire à cette vue de l'esprit, mais ça ne correspond pas à la réalité pour autant. 

Pourquoi, sinon, se serait-elle inscrite au registre des lobbyistes pour «mettre en place un cadre législatif permettant la pratique des entreprises qui offrent un service de covoiturage citoyen», si elle n'offre pas un tel service?

Le «covoiturage» est une autre fiction. Partager ses frais de déplacement pour se rendre au travail est du covoiturage, mais ce n'est pas ce que l'entreprise propose: «C'est le moment ou jamais de devenir chauffeur avec Uber. L'inscription est très simple et vous commencerez à gagner de l'argent immédiatement», peut-on lire sur la page d'accueil d'UberX. 

Il y a des technologies qui bouleversent des professions parce qu'elles transforment les façons de faire. Dans les médias écrits, l'informatique a emporté  tout un corps de métier, qui effectuait le montage des pages en vue de l'impression. Cette étape est désormais assumée entièrement par les journalistes, qui se voient eux aussi menacés, aujourd'hui, par de nouveaux modes de collecte et de traitement de l'information.

Mais le transport de personnes, aux dernières nouvelles, exige toujours une voiture et un conducteur. Ce qu'Uber apporte de nouveau dans le marché, ce sont des outils de communication entre clients et transporteurs. La pression de cette concurrence a amené des services de taxi à développer un service similaire. La contribution d'Uber, en fin de compte, devrait être positive.  

Il faudra revoir la réglementation, le paysage a changé pour de bon, on ne reviendra pas en arrière; mais cela ne veut pas pour autant dire ne plus contrôler le nombre de permis. Ce serait alors la loi de la jungle, au bénéfice d'un seul joueur. Il revient au gouvernement d'édicter de nouvelles règles du jeu et de faire en sorte qu'elles soient les mêmes pour tous. Ça doit être un processus ouvert, public, auquel Uber apportera une précieuse contribution.

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