Un marché de dupes

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(Québec) Le projet de tour de 65 étages du Groupe Dallaire confirme les inquiétudes soulevées lors de l'adoption du Programme particulier d'urbanisme (PPU) du Plateau centre de Sainte-Foy. La «consultation» promise par l'administration Labeaume ne sera qu'une formalité, tout au plus. La conseillère Julie Lemieux a, en effet, rappelé qu'aucun référendum ne viendra s'interposer et que le projet ira de l'avant, puisque le PPU a éliminé ce levier qui aurait permis aux contribuables de se prononcer.

La Ville avait pourtant conclu un pacte avec les citoyens. Si ceux-ci ont abdiqué leur droit de veto sur tout projet de développement, c'est parce qu'un plan d'urbanisme leur garantissait des normes, des gabarits et des orientations qui seraient en vigueur pour au moins 20 ans.

Ce consensus vient de voler en éclats. Si on leur avait dit qu'en signant ce pacte, ils donnaient en réalité carte blanche au maire pour n'en faire qu'à sa tête, jamais ils n'auraient donné leur accord.

Quand on retrace l'historique du PPU, on retrouve ce texte prémonitoire, publié dans le Devoir du 12 novembre 2012, de l'ex-chef de Québec Autrement et candidat défait à la mairie David Lemelin : «Il faudra, écrivait-il, des explications limpides pour balayer nos soupçons de «spot zoning» à la faveur de promoteurs avides et pressés pour lesquels le PPU deviendra une sorte de sauf-conduit à l'abri des consultations obligées ou des référendums.»

C'est précisément la situation dans laquelle on se retrouve aujourd'hui, avec du zonage à la pièce. Et pour faire avaler cette pilule, on dit aux Québécois qu'ils pourront grimper à l'observatoire que le maire, dans sa bienveillance, leur a fait aménager au sommet. Ça n'a rien d'un cadeau, c'est la règle un peu partout sur la planète, dans n'importe quel gratte-ciel qui se respecte.

Ce projet a tout pour polariser les opinions. Le débat sera passionné entre opposants et partisans, car il fait appel à des émotions viscérales. Un tel édifice marque une rupture en ce qui touche à l'identité de cette ville et de ses habitants. Sa facture est-elle à la hauteur des aspirations qu'on veut lui faire incarner? Il n'y a certainement pas unanimité là-dessus.

Québec n'a pourtant pas à rougir ni de son image ni de sa particularité. Si elle a su mettre en valeur ce qui, aujourd'hui, en fait une attraction pour des visiteurs de partout à travers le globe, c'est en grande partie parce que ses citoyens ont trouvé le moyen de faire entendre leur voix au moment où il le fallait.

Ce sont eux qui, dans les années 80, ont freiné les ambitions d'un autre promoteur, Laurent Gagnon, et d'un autre maire, Jean Pelletier, qui voulaient ériger un complexe imposant, la «Grande Place», dans ce qui est aujourd'hui devenu le Jardin Saint-Roch, qui donne à ce quartier une personnalité unique.

On veut faire de ce «Phare» un symbole de la maturité, de la modernité de Québec. Ce fut la même chose pour la tour de l'Hôtel-Dieu, pour l'édifice H, le célèbre «Bunker» sur Grande-Alllée, le Complexe G, et aussi pour l'édifice Price. Certains choix ont été heureux, d'autres moins.

Ce sont les Québécois qui doivent décider s'ils veulent un changement aussi radical au profil de leur ville. Que veut-on faire de la tête des ponts? Cet espace doit-il servir à mettre en valeur l'immeuble de M. Dallaire, ou est-ce lui, au contraire, qui doit s'harmoniser à nos orientations?

Ça doit être un choix rationnel, il s'agit d'évaluer différentes options, de mesurer leurs impacts. C'est beaucoup plus qu'un choix émotif.

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