Être ou ne pas être terroriste?

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(Québec) Quand on entend parler de terrorisme, on pense à des groupes comme Al-Qaida ou l'État islamique, une menace «de plus en plus globale, complexe et sophistiquée», comme le décrit le projet de loi C-51 (loi antiterroriste) du gouvernement conservateur.

La définition même de terrorisme pose un problème. Selon Peter MacKay, le complot avorté la semaine dernière à Halifax n'était pas du terrorisme. Le ministre de la Justice aurait peut-être mieux fait de ne pas s'avancer sur ce terrain. En quoi ce complot, plus organisé et coordonné que les attentats de Saint-Jean-sur-Richelieu et d'Ottawa, n'est pas un acte terroriste?

Les différences entre ce qui l'est ou ne l'est pas ne sont pas si évidentes. Les accusés de Halifax n'avaient pas de motivation politique? Mais peut-on vraiment dire que Michael Zehaf-Bibeau en avait une?

Qu'attend la GRC pour dévoiler le contenu de la vidéo qu'il aurait tournée avant de commettre son crime? Serait-ce parce qu'elle démontre que Zehaf-Bibeau ne faisait partie d'aucun réseau terroriste? Ça serait embêtant pour le gouvernement qui a besoin d'agiter ce spectre pour justifier son projet de loi.

On peut se poser la même question pour Martin Couture-Rouleau. En quoi est-il si différent de Craig Stephen Hicks, l'homme qui a abattu trois étudiants de religion musulmane à Chapel Hill, en Caroline du Nord?

Et d'Omar el-Hussein, l'homme de 22 ans qui a reproduit, à Copenhague, un attentat semblable à celui de Paris, visant d'abord un caricaturiste et ensuite une synagogue? Là non plus, on ne voit aucun indice d'un complot planifié et coordonné, ni d'une organisation structurée.

À Toronto, le procès de Chiheb Esseghaier et de Raed Jaser, les deux hommes accusés de complot pour faire dérailler un train de passagers, n'a fourni, jusqu'ici, aucune preuve démontrant qu'un réseau terroriste ait été impliqué. Esseghaier, le principal protagoniste, n'avait pratiquement aucune source de revenus, contrairement aux auteurs de l'attentat du World Trade Center. Tout l'argent impliqué dans ce projet meurtrier provenait de l'agent double du FBI.

Leur exemple est pourtant l'un de ceux invoqués pour justifier C-51.

Il faut aussi se rappeler le troisième homme impliqué dans cette affaire. Ahmed Abassi, un Tunisien qui a eu la malchance de rencontrer Esseghaier au Québec. Il a raconté à la journaliste Annie Mathieu, du Soleil, les manoeuvres de l'agent double américain pour le convaincre de prendre part au complot, ce à quoi il s'est toujours refusé.

Les États-Unis ont laissé tomber les accusations de terrorisme à son endroit parce que la défense pouvait faire la preuve qu'il avait été arnaqué par les policiers. Sa vie a été démolie par ces manoeuvres, mais quelle valeur lui accorde-t-on? Aujourd'hui, tous s'en lavent les mains.

Le projet de loi C-51 ratisse beaucoup trop large en ciblant toute activité «susceptible d'entraver la capacité du gouvernement fédéral» en matière de renseignement, de défense, de relations diplomatiques ou consulaires ou de stabilité économique ou financière.

On ne doit pas sous-estimer le danger que présentent les groupes extrémistes, mais ça ressemble de plus en plus à un prétexte pour étendre les pouvoirs du Service canadien du renseignement de sécurité, un organisme qui n'a pas de compte à rendre devant le Parlement.

On apprend cette semaine, dans un document obtenu par Greenpeace, que la GRC considère les groupes opposés à l'industrie pétrolière canadienne comme une «menace à la sécurité du Canada». Cela donne une idée du monde vers lequel on se dirige, et ça aussi devrait nous faire peur.

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