Changeons de «toune»

Partage

Partager par courriel
Taille de police
Imprimer la page

(Québec) Divertissante, la surenchère de Pierre Karl Péladeau et de Philippe Couillard sur la place de la chanson francophone. Mais est-ce qu'on pourrait changer de «toune» et se préoccuper d'éléments qui sont plus significatifs pour la défense et la promotion du français au Québec que le répertoire de Groenland et la programmation à l'inauguration de l'amphithéâtre?

Pendant que les deux politiciens se présentent comme les défenseurs du français et de la culture québécoise, des Québécois ont dû cette semaine s'adresser aux tribunaux pour tenter de suspendre le processus de consultation de l'Office national de l'énergie sur le projet d'oléoduc Énergie Est, de TransCanada. Fausse note, les documents transmis par TransCanada à l'Office sont uniquement en anglais, et l'organisme fédéral, pourtant assujetti à la Loi sur les langues officielles, s'en accommode.

Comme si ce n'était pas nécessaire que les francophones comprennent bien les tenants et les aboutissants de ce projet de 12 milliards $. Comme s'ils pouvaient se contenter d'être dirigés vers le site Web de la compagnie albertaine, faute de documents officiels et complets en français, et de valeur légale, à l'Office national de l'énergie. Quelque 2000  propriétaires québécois pourraient être expropriés pour faire passer les 700 kilomètres de canalisation nécessaire à la pétrolière. Les enjeux reliés au projet (sécurité, protection des terres agricoles, approvisionnement en eau, expropriation) ne sont pas banals.

Difficile de croire que les anglophones accepteraient d'être traités de la sorte si un promoteur francophone québécois voulait traverser leurs terres, leurs cours d'eau, leurs municipalités. À la suite de plaintes, le Commissaire aux langues officielles mène une enquête, et sa décision est attendue au printemps.

Il serait bien que les élus québécois soient aussi alertes et revendicatifs dans ce dossier qu'ils le sont pour une chanson, pour un show. Eux qui aiment bien jouer la carte identitaire devraient également surveiller de près la nouvelle politique québécoise en matière d'immigration, de diversité et d'inclusion que concoctera la ministre Kathleen Weil.

En commission parlementaire, les universités anglophones McGill et Concordia ont plaidé que les exigences en français compliquent leur recrutement de professeurs et de chercheurs étrangers. Elles se disent désavantagées par rapport aux institutions canadiennes et américaines. Et elles ne sont pas seules. La ministre Weil a entendu le même type de doléances d'autres employeurs qui considèrent que les exigences liées à la langue française nuisent à leurs affaires.

Comment combler les besoins de main-d'oeuvre sans fragiliser le français et sans se retrouver avec des équipes de francophones - idéalement bilingues - qui doivent constamment travailler en anglais parce qu'un supérieur ou un membre du groupe ne parle pas français? Il est facile de prendre une pente dangereuse si on n'y prend garde, si on opte pour la solution facile d'abaisser nos exigences sur la maîtrise du français, plutôt que de mettre en place des cours ou des activités de francisation plus accessibles, plus efficaces.

Mme Weil envisage d'associer plus étroitement les milieux économiques à la sélection des travailleurs qualifiés. Cela ne doit pas avoir comme conséquence d'atténuer le caractère distinct et francophone du Québec. La vigilance s'impose. L'automne dernier, le premier ministre a justifié l'usage exclusif de l'anglais dans une conférence en Islande du fait qu'il s'agissait d'une intervention importante pour le développement économique du Québec. C'est à suivre, et cela mérite autant d'attention que le contenu de la programmation de l'amphithéâtre.

Partager

publicité

publicité

la liste:1710:liste;la boite:91290:box

En vedette

Précédent

publicité

la boite:1608467:box; tpl:300_B73_videos_playlist.tpl:file;

Les plus populaires : Le Soleil

Tous les plus populaires de la section Le Soleil
sur Lapresse.ca
»

CONTRIBUEZ >

Vous avez assisté à un évènement d'intérêt public ?

Envoyez-nous vos textes, photos ou vidéos

Autres contenus populaires

image title
Fermer