Un autre sens à la vie et à la mort

Partage

Partager par courriel
Taille de police
Imprimer la page

(Québec) «Je ne veux pas que ma vie prenne fin violemment. Je ne veux pas que la façon dont je mourrai soit traumatisante pour les membres de ma famille. Je veux qu'on me reconnaisse le droit de mourir paisiblement, au moment que je choisirai, dans les bras de ma famille et de mes amis.»

Tel était le voeu de Gloria Taylor, atteinte d'une maladie neurodégénérative fatale, qui déplorait que la criminalisation de l'aide médicale à mourir lui réserve une mort lente, à petit feu, terrassée par la douleur. En déclarant hier unanimement que l'aide médicale à mourir devait être légalisée au Canada, la Cour suprême vient exaucer ce désir que formulent d'autres citoyens. Il faut s'en réjouir, tout en demeurant très vigilant. 

C'est une nouvelle option qui s'offrira aux graves malades adultes, à ceux, répétons-le, qui le voudront et qui répondront aux critères que fixeront les gouvernements provinciaux. Le choix individuel, éclairé et extrêmement difficile de décider du moment de la fin de sa vie. Un choix qui évite que des malades mettent prématurément et violemment fin à leurs jours pendant qu'ils sont encore aptes à le faire. Un choix qui évite que des proches se retrouvent devant les tribunaux et deviennent des criminels parce qu'ils ont aidé un père, une épouse ou un ami à mourir. 

Ce n'est pas un choix banal, tous en conviendront. Juridiquement, socialement et médicalement, la société canadienne est rendue là. Le moment est en effet historique. «Le caractère sacré de la vie est une des valeurs les plus fondamentales de notre société», rappelle la Cour tout en soulignant que le respect pour la vie humaine prévu dans la Charte canadienne englobe aussi la vie, la liberté et la sécurité de la personne durant le passage à la mort. C'est pourquoi, selon elle, le caractère sacré de la vie «n'exige pas que toute vie humaine soit préservée à tout prix». Il n'y a pas d'obligation de vivre.

On l'oublie, mais les personnes malades ont déjà la possibilité de refuser ou d'interrompre un traitement vital ou de maintien de la vie. Elles peuvent aussi réclamer une sédation palliative. Les neuf juges ne voient pas pourquoi les personnes qui pourraient demander une aide médicale à mourir seraient plus vulnérables ou plus susceptibles de prendre une décision faussée. Ils estiment que les risques évoqués par le procureur général du Canada font déjà partie intégrante de notre régime médical.

Avec son jugement unanime, le plus haut tribunal du pays force les élus fédéraux et provinciaux (à l'exception de ceux du Québec qui ont déjà fait un travail remarquable) à cesser leur procrastination et à aborder ce dossier qui anime un débat public depuis plus de 20 ans. 

Le Québec a un grand pas d'avance. Il a démontré que l'exercice pouvait être mené sereinement et dans le plus grand respect des droits de tous. Même si la décision de la Cour conforte le Québec dans son approche, même si la loi 52 a été adoptée l'an dernier, il reste néanmoins beaucoup de choses à faire pour que l'aide médicale à mourir soit une réalité en décembre.

Le Collège des médecins doit rédiger des guides d'exercices pour ses membres et de la formation devra suivre. Chaque médecin restera libre de poser l'acte fatal. Le public devra aussi être informé. Des soins palliatifs devront être disponibles sur tout le territoire. Les établissements de santé devront s'organiser pour répondre aux demandes. Une commission sur les soins de fin de vie sera aussi mise sur pied pour assurer un suivi rigoureux de la loi, pour colmater les lacunes si nécessaires, pour éviter des dérapages. 

«Une crainte théorique ou hypothétique ne saurait justifier une prohibition absolue de l'aide médicale à mourir», soutiennent les juges. Il faut néanmoins demeurer alerte.

Partager

À lire aussi

publicité

publicité

la liste:1710:liste;la boite:91290:box

En vedette

Précédent

publicité

la boite:1608467:box; tpl:300_B73_videos_playlist.tpl:file;

Les plus populaires : Le Soleil

Tous les plus populaires de la section Le Soleil
sur Lapresse.ca
»

CONTRIBUEZ >

Vous avez assisté à un évènement d'intérêt public ?

Envoyez-nous vos textes, photos ou vidéos

Autres contenus populaires

image title
Fermer