Économiser sur le dos des régions

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(Québec) «Non, je n'arrêterai pas», a lancé mardi Philippe Couillard à la poignée de manifestants venus perturber son allocution devant la Chambre de commerce du Montréal métropolitain. Il y a cependant des limites à ne pas franchir dans ce grand exercice de redressement budgétaire et étatique. Lorsque le gouvernement va jusqu'à éliminer un fonds de 55 millions $ servant à des villages pauvres, à des municipalités «dévitalisées», il va trop loin.

Le premier ministre a promis à son arrivée de protéger les plus vulnérables. Cet engagement n'englobait manifestement pas les quelque 150municipalités dévitalisées du Québec, comme Disraeli, Saint-André-du-Lac-Saint-Jean, Gros-Mécatina. Des noms de localités peu connus, mais où vivent et veulent continuer de vivre des hommes et des femmes, des Québécois et des Québécoises à part entière. Pour certains d'entre eux, un déménagement ne fait pas partie des options. Est-ce encore possible, est-ce rêver en couleurs?

Sans le dire ouvertement comme l'a fait la semaine dernière le Conseil du patronat du Québec (avant de se corriger après avoir suscité la colère), le gouvernement va-t-il inciter peu à peu les gens à venir en ville, à délaisser les milieux ruraux, les régions éloignées faute d'emplois et de services sur leur territoire?

Bien sûr, le ministre des Affaires municipales et de l'Occupation du territoire, Pierre Moreau, se veut rassurant. Il élimine un programme d'aide, mais Québec continuera d'apporter son soutien sous une autre forme. Par l'intermédiaire du programme d'infrastructures et par le Fonds de développement des territoires.

«Nous allons nous acquitter de cette obligation et aider nos concitoyens à occuper fièrement et de façon dynamique l'ensemble du territoire. Le développement des régions contribue à la prospérité de tout le Québec», soutient-il.

Des propos qui sonnent faux parce que ces derniers mois, le gouvernement Couillard a pris des décisions qui heurtent plusieurs personnes en région. Elles craignent que leur autonomie, leurs lieux de décision, leur expertise et leurs bons jobs disparaissent. Elles se sentent incomprises et méprisées. Non pas que les «régionaux» refusent de contribuer aux efforts que nécessite l'équilibre des finances publiques. Non pas qu'ils s'opposent à toute révision des outils de développement mis en place au fil des décennies. Ils ne tiennent pas au statu quo. Ils tiennent cependant à participer aux décisions, à faire valoir leur vision des choses. Ils estiment qu'ils savent mieux que des «étrangers» à Québec ou à Montréal ce qui est bon pour eux. C'est tout à fait compréhensible et légitime.

Certains, membres de la coalition Touche pas à mes régions!, feront part aujourd'hui de leurs doléances et de leurs recommandations en commission parlementaire, à Québec. Les libéraux doivent faire preuve d'ouverture, et non pas se comporter comme s'ils détenaient la vérité et que leur plan était infaillible.

Les grandes villes ont certes un grand rôle à jouer pour dynamiser l'économie d'une province ou d'un pays. Desjardins notait toutefois en 2013 que les villes avaient besoin des autres régions dont proviennent nombre de biens et de services qui leur sont propres et qui ne sont pas produits par les métropoles. «Les grands pôles peuvent jouer leur rôle grâce à la contribution des autres régions.» Une complémentarité qui s'applique aussi dans la sphère culturelle ou sociale.

Les régions ne se résument pas à de magnifiques paysages. Le premier ministre disait lui-même en mai dernier qu'au-delà de la carte postale, il y a des communautés, des familles qui y vivent, des jeunes qui veulent y revenir. Des régions, qui elles aussi revendiquent leur part d'espoir. Il ne faut pas les décevoir.

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