La peur pour gagner des votes

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(Québec) Qu'est-ce qui est le plus désolant? Les inepties d'un prétendu imam montréalais sur sa pratique religieuse ou la récupération, à des fins partisanes, d'un enjeu fondamental par un premier ministre?

La mise en scène orchestrée la semaine dernière par le gouvernement Harper, à Richmond Hill, pour dévoiler le projet de loi antiterroriste (C-51), était digne d'un film de Ronald Reagan. Dans cette «conférence de presse», M. Harper jouait le rôle du combattant prêt à affronter «un des plus dangereux ennemis que notre monde ait jamais connu».

Le premier ministre n'hésite pas à alimenter la peur pour gagner des votes.

Le projet de loi C-51 augmente l'étendue des pouvoirs et le champ d'action du Service canadien du renseignement de sécurité (SCRS). Il abaisse les seuils de preuve pour la détention préventive, au-delà de ce que prévoient les lois adoptées dans la suite des attentats de New York.

La loi criminalise aussi certaines paroles. Il sera interdit de «préconiser ou fomenter» des infractions terroristes, un geste passible de cinq ans de prison, du moment où il est démontré que l'accusé ne s'est «pas soucié du fait que la communication puisse ou non entraîner la perpétration de l'une de ces infractions».

Le projet de loi ne fait pas qu'élargir les pouvoirs des corps policiers, il modifie la mission du SCRS et brouille les frontières qui devraient distinguer son champ d'action de celui de la GRC.

La nature du terrorisme exige sans doute une meilleure coordination de ces deux organisations, mais on ne doit pas oublier que ce sont les pratiques illégales de la GRC qui ont mené à la création du SCRS. Ce rapprochement entre les deux ne doit pas se faire sans que les mécanismes de surveillance soient eux aussi bonifiés, une préoccupation totalement ignorée dans le projet de loi. Pour le premier ministre, ces outils ne sont que des «tracasseries administratives» (red tape).

Maher Arar a été emprisonné et torturé en Syrie en raison de l'incompétence du SCRS. Abousfian Abdelrazik a lui aussi été emprisonné et torturé au Soudan, sur la foi de renseignements «exagérés et inexacts» fournis par le SCRS. Voilà justement ce que ces prétendues tracasseries devraient empêcher.

Le gouvernement prétend que les mécanismes en place, comme le Comité de surveillance des activités de renseignement de sécurité (CSARS), jouent leur rôle. C'est une vue de l'esprit, au mieux. Le Comité n'intervient qu'après coup, une fois que les dégâts ont été faits; et encore là, comme on l'a vu dans le dossier de Maher Arar, le CSARS n'a même pas été capable de faire son travail. Il aura fallu une Commission d'enquête pour faire la lumière sur cet épisode honteux.

Si les outils qui devraient empêcher ces «bavures» manquent au projet de loi, les arguments invoqués sont eux aussi discutables. On n'a pas fait la démonstration que les moyens actuels sont insuffisants.

Le patron du SCRS a invoqué la globalisation du terrorisme, en donnant comme exemple les attentats qui ont coûté la vie à deux soldats canadiens l'année dernière. Mais en même temps, la GRC refuse de divulguer le contenu de la bande vidéo enregistrée par l'auteur de l'attentat d'Ottawa.

On n'a toujours pas fourni de preuve, dans aucun de ces cas, de cette globalisation. Les moyens utilisés par les deux illuminés étaient dérisoires : une automobile et une carabine. Ce n'est certainement pas là la marque d'une organisation globale. Ces attentats illustrent bien plus le pouvoir de contagion d'une idéologie extrémiste qui sombre dans la démence, comme le démontre la mort horrible du pilote jordanien.

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