Vétérans: rien n'a changé

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(Québec) Nous sommes, depuis un moment déjà, en campagne électorale fédérale. La majorité des annonces, sinon toutes, à venir par le gouvernement comme l'opposition devront d'abord être interprétées dans ce contexte.

Lundi dernier, deux jours avant l'attentat de Charlie Hebdo, le premier ministre Harper annonçait le remplacement de Julian Fantino, comme ministre des Anciens Combattants, par Erin O'Toole, qui a lui-même servi au sein des forces régulières avant de pratiquer le droit.

En temps normal, l'arrivée d'un nouveau ministre peut susciter des attentes, mais dans quelques mois, les électeurs se choisiront un nouveau gouvernement. Le mandat du nouveau titulaire ne fait guère de doute : redorer le blason du Parti conservateur, qui a beaucoup souffert du passage de M. Fantino. Le reste devra attendre 2016 et le prochain gouvernement.

Par son arrogance, Julian Fantino a trouvé le moyen de se mettre à dos plusieurs vétérans et bon nombre des organisations qui les représentent, et il l'a fait devant les caméras. On aurait pu s'attendre à ce que M. O'Toole en tire des leçons et fasse preuve, à tout le moins, de prudence.

Mais son premier geste, deux jours après sa nomination, a été de laisser un message dans la boîte vocale du vétéran Michael Blais, pour lui annoncer que son organisme, Canadian Veterans Advocacy, serait désormais exclu du Comité des intervenants, censé conseiller le ministre.

Quelles que soient ses raisons, le ministre avait l'occasion de donner un nouveau ton aux échanges, et il a fait exactement le contraire, confirmant l'impression qu'en fin de compte, rien n'a changé. C'était maladroit et inutile.

Il n'y a pas qu'un problème d'image chez Anciens Combattants Canada. Il y a un problème d'organisation, soulevé dans un récent rapport du vérificateur général; il y a une profonde frustration de plusieurs vétérans qui se trouvent devant une machine bureaucratique alors qu'elle devrait être à leur service. La majorité (65 %) des décisions du Ministère qui sont portées en appel sont cassées par le tribunal de révision. Un taux aussi élevé signifie que le Ministère fait mal son travail et oblige d'anciens combattants à s'engager dans un processus complexe pour obtenir ce à quoi ils auraient dû avoir droit dès le départ. Et c'est sans compter tous les autres qui n'auront pas le courage d'affronter la machine et se résignent à leur sort.

C'est à cela que M. O'Toole devait s'attaquer. Ce n'est pas Mike Blais le problème. La composition du Comité des intervenants, qui n'a de toute façon qu'un pouvoir limité, aurait dû être la dernière de ses préoccupations, pas sa première.

En nommant M. O'Toole au Ministère, le premier ministre avait sans doute un plan en tête pour lui donner des munitions afin de récupérer le maximum de votes. Il y aura probablement, d'ici le déclenchement des élections, d'autres annonces visant à séduire cet électorat. C'est de bonne guerre en démocratie, si on nous pardonne ce mauvais jeu de mots, mais l'écart qui s'est creusé entre son gouvernement et nos soldats est plus profond qu'il y paraît à première vue.

Le premier ministre en a indisposé plusieurs, le printemps dernier, lors des cérémonies visant à marquer la fin de la mission canadienne en Afghanistan.

M. Harper voulait d'abord que ce soit lui qui reçoive le dernier drapeau canadien à avoir flotté en Afghanistan, alors que le commandant des troupes est le gouverneur général. La décision n'a été annulée que sous la pression de la Légion royale.

Le pouvoir qui devrait être celui d'un gouvernement est dans les faits concentré entre les mains de son premier ministre, cet exemple n'en est pas la seule illustration. Et les troupes n'en sont pas dupes.

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