Négocier à courte vue

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(Québec) Le «capitaine» Martin Coiteux fait-il finalement ce qu'il reproche à d'autres, c'est-à-dire naviguer à courte vue? S'il garde le cap sur l'équilibre budgétaire pour 2015-2016 malgré les vagues que cela provoque, il a avoué lundi qu'il n'avait pas mesuré l'impact de certaines offres présentées aux employés de l'État. Il faut donc mettre des bémols lorsqu'il dit agir pour le bien de tous, en particulier à long terme.

Des employés de l'État vont-ils devancer leur départ à la retraite parce que Québec veut modifier leur régime (le RREGOP), notamment pour que l'âge de retraite sans pénalité passe de 60 à 62 ans, et que la réduction applicable pour une prise de retraite anticipée augmente de 4 à 7,2 %? Risque-t-on de revivre le chaos de 1998 où les départs massifs de médecins et d'infirmières du secteur public avaient créé de sérieux problèmes et entraîné des dépenses supplémentaires afin de limiter l'attente et les interruptions de services?

M. Coiteux n'a pas fait l'évaluation car le but qu'il dit rechercher n'est pas d'accélérer les départs à la retraite mais bien d'assurer la pérennité du régime, ainsi que le retour et le maintien de l'équilibre budgétaire. On ne peut pourtant faire fi de la réaction des salariés près de la retraite. S'ils sont nombreux à rentrer à la maison, il faut prévoir les effets de cette perte d'expérience et d'expertise dans les écoles, les hôpitaux, les ministères. Il faut regarder plus loin que la froide colonne de chiffres. Cela vaut aussi pour les demandes touchant l'organisation du travail. Que gagnera le contribuable si la recherche d'économie se traduit par une diminution de l'accès et de la qualité des services publics?

Québec a aussi avantage à bien mesurer l'impact de son offre salariale de 3 % sur cinq ans sur l'attraction et la rétention du personnel. Évidemment, l'État ne peut se permettre d'accorder 13,5 % sur trois ans comme le réclament les syndicats. Mais il doit encore là veiller à ne pas se tirer dans le pied.

L'Institut de la statistique indiquait récemment que les employés du secteur public accusent un retard salarial de 8,4 % sur ceux des entreprises privées comptant plus de 200 salariés. Quarante pour cent des «fonctionnaires» ont beau progresser dans leur échelle salariale, comme aime le noter M. Coiteux, il n'en demeure pas moins que 60 % des 540 000 employés de l'État verront leur salaire bloqué pendant deux ans. Dans un groupe comme dans l'autre, certains déduiront qu'ils gagneraient plus ailleurs.

Le gouvernement souffre déjà, et les contribuables en paient la note, de la perte d'expertise notamment dans le secteur des transports et de l'informatique. Il est illusoire de penser que Québec attirera et conservera les meilleurs employés si les conditions de travail ne sont pas à la hauteur de celles proposées par l'administration fédérale, les municipalités ou le privé.

Encore une fois lundi, le président du Conseil du trésor a insisté sur le fait que tout le monde devait faire sa part dans le douloureux exercice de redressement des finances publiques. Or, déjà un doute plane sur le sort réservé aux membres de la Sûreté du Québec. C'est à suivre, tant pour la SQ que pour d'autres groupes hors du front commun.

D'autant plus qu'il y a déjà des entorses aux beaux principes du gouvernement Couillard. L'effort national ne vise pas les hauts fonctionnaires, amis libéraux, qui ont vu leur rémunération augmenter même si leur fonction ne le commande pas, relevait la semaine dernière La Presse. Il ne touche pas non plus des ministres qui dépensent sans trop compter pour leur bureau. On ignore aussi le jour où le régime de retraite des députés sera revu et si un partage des déficits passés sera imposé.

L'opinion publique n'est peut-être pas toujours très favorable aux employés du secteur public, mais elle a aussi en horreur les passe-droits.

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