Faire moins avec plus

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(Québec) Rien ne justifie les cadeaux offerts par le conseil d'administration de l'Université Laval aux dirigeants de l'institution. Au cas où la nouvelle vous aurait échappée, le conseil a doublé la période, qui passe de trois à six ans, pendant laquelle un membre de la haute direction conserve son niveau de salaire après la fin de son mandat, quelles que soient les fonctions qu'il occupe alors. Une mesure qui ne vise que ceux qui resteront à l'emploi de l'université au terme de leur mandat.

Les explications offertes par le président du CA, John Porter, qui prétexte l'«équité» de la chose, ne la rendent que plus pénible à digérer.

Pour votre information, la mesure vient gonfler le coût, pour l'institution, d'une douzaine d'administrateurs (recteur, secrétaire générale, vice-recteurs et vice-recteurs adjoints). Selon l'ancien système, déjà bien suffisant, chacun de ces dirigeants se voyait offrir l'assurance de toucher, pour un maximum de trois ans, une moyenne de 80 % de leur salaire, même s'ils retournent à l'enseignement.

Avec la nouvelle politique, les mêmes personnes peuvent maintenant toucher 95 % de leur salaire pendant ces trois premières années. Pour celles qui auraient occupé ces fonctions pendant 10 ans, elles ont l'assurance de toucher l'équivalent de 88 % du salaire antérieur pendant les six années suivant la fin de leur mandat. La nouvelle mesure est beaucoup plus généreuse que la précédente, touche un plus grand nombre de personnes, pendant une plus longue période.

Elle trahit d'abord un mal qui affecte la plupart des grandes entreprises. Lorsqu'il s'agit des employés au bas de l'échelle, la logique veut qu'on cherche à hausser la productivité, à produire plus avec moins. Lorsqu'on arrive au sommet de la pyramide, la logique est inversée. La concurrence, qui sert à faire baisser les prix dans une économie de marché, produit l'effet inverse au sommet. La mécanique engendre une spirale vers le haut qui justifie des salaires plus élevés afin, prétendument, de s'assurer les services des meilleurs gestionnaires. Ceux-ci profitent du système pour encaisser une partie des gains que réalise toute la machine qui soutient la pyramide.

À l'Université Laval, même si ces coûts seront assumés plus tard, ça ne change rien au fait qu'il en coûtera plus cher pour obtenir, en fin de compte, le même service qu'avant. Elle ne touchera pas tous les membres de la direction. M. Brière lui-même n'y gagnera sans doute pas beaucoup en raison de son âge, mais le prix à payer ne se calcule pas qu'en argent. Il se mesure surtout par une perte de confiance et de crédibilité par rapport au personnel sur qui l'université doit compter pour remplir sa mission.

On demande un gel salarial complet au Syndicat des auxiliaires administratifs, de recherche et d'enseignement (SARE), et un renouvellement de leur contrat de travail sans aucune hausse de coûts. Lors des dernières négociations, l'université avait aussi demandé, et obtenu, des concessions du personnel administratif professionnel, à qui on avait alors demandé alors de «faire leur part». Qui, maintenant, aura l'odieux de demander aux syndicats de faire leur part dans de nouvelles compressions?

La façon, aussi, dont a été prise cette décision n'a rien pour alimenter la confiance. La discussion s'est faite à huis clos, sans que les membres du conseil aient de documents entre leurs mains. Selon les informations obtenues par Le Soleil, tout s'est fait à partir d'une présentation sur écran et par vote secret. On s'attend à plus de transparence de la part d'une institution dont 68% des revenus proviennent de nos taxes. M. Porter doit pouvoir justifier les décisions prises sous sa gouverne par des arguments factuels.

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