Se plaindre pour que ça change

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(Québec) La situation est vraiment bizarre à Ottawa. Bizarre et extrêmement décevante. Deux députés libéraux sont toujours exclus de leur parti même si les deux députées néo-démocrates qui auraient subi du harcèlement de leur part n'ont pas porté plainte et refusent de participer à un processus d'enquête confidentiel.

Et c'est la consoeur de celles-ci, Françoise Boivin, qui reproche à Justin Trudeau d'avoir puni ses députés. Selon elle, il aurait pu se contenter de leur dire de faire attention à leur comportement. C'est à n'y rien comprendre. Si on veut mettre fin aux comportements abusifs, des plaintes et la crainte de sanctions sont pourtant essentielles.

Des milliers de femmes et d'hommes auront beau étaler leur triste expérience sur les réseaux sociaux et provoquer un mouvement de solidarité, rien ne changera s'il n'y a pas de plaintes formelles et de conséquences pour les fautifs. Mettons de côté l'angélisme et les voeux pieux! Si la responsabilité des «boss» des députés se limite à faire de petites remontrances verbales, on dira encore dans 20 ans que le milieu politique est macho.

Il est préférable pour Justin Trudeau d'être accusé d'en avoir trop fait que trop peu. Quoi qu'il fasse, il s'exposait à la critique. Le chef libéral a suspendu Massimo Pacetti et Scott Andrews sans que les deux députées néo-démocrates portent plainte officiellement. Il a fait fi de leur présomption d'innocence. Leur exclusion du caucus et la suspension de leur candidature aux élections de 2015 s'apparentent en effet à un verdict de culpabilité sans que la version des uns et des autres soit entendue par un tiers.

Or, si le chef libéral s'était contenté, comme le suggère Mme Boivin, de dire à ces deux messieurs de faire attention à leur comportement, qu'auraient conclu ses opposants politiques et plusieurs Canadiens? Que Trudeau banalise le harcèlement, qu'il ne prend pas au sérieux la parole des femmes députées et qu'il tente de camoufler les «inconduites» des membres de son équipe pour ne pas nuire à son image et à son parti.

Si Trudeau n'avait pas suspendu ses deux députés il y a deux semaines, il y a fort à parier que personne ne s'activerait sur la colline parlementaire pour élaborer un plan antiharcèlement et déterminer qui fait quoi et comment lorsqu'une personne dénonce les gestes ou les propos déplacés d'un collègue ou d'un patron. Sa décision a sûrement refroidi un peu les ardeurs de certains et suscité des réflexions sur les bons comportements à adopter. Mais il faut davantage pour décourager réellement les harceleurs et les agresseurs.

Le NPD serait au courant depuis un an des allégations d'une de ses députées. Le parti aurait accompagné cette dernière qui suivait une thérapie. Selon La Presse canadienne, le député néo-démocrate et ancien professeur de droit, Craig Scott, aurait soutenu en octobre à une rencontre en présence des whips des deux formations que les gestes posés à l'endroit d'une députée du NPD pourraient être définis comme une agression sexuelle. Informé de cela, Justin Trudeau aurait dû se contenter de sermonner ses députés et d'attendre que le NPD décide du moment opportun pour en parler? Étrange façon d'aider les deux femmes et toutes les personnes susceptibles d'être confrontées à une situation similaire.

Les questions de harcèlement, voire d'agression, sont toujours extrêmement délicates à traiter dans n'importe quel milieu de travail. Comment agir avec les présumées victimes et les supposés harceleurs et assurer à chacun un traitement juste et équitable? Les parlementaires avaient l'occasion de tracer la voie. Ils ont malheureusement succombé à la tentation d'en faire une joute politique. Le sort des femmes et des hommes directement concernés devient ainsi secondaire. Désolant.

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