Le jour de l'Oubli

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(Québec) Les célébrations du jour du Souvenir ont pris une dimension encore plus forte cette année, moins d'un mois après la mort de deux soldats, à Saint-Jean-sur-Richelieu et devant le monument commémoratif, à Ottawa.

Ces drames ont soulevé un mouvement de sympathie et de solidarité envers nos militaires, qui s'est cristallisé autour de ces deux victimes. La Défense nationale a décidé qu'une base de la force opérationnelle aérienne en Irak serait nommée camp Vincent, et qu'une base du commandement des forces d'opérations spéciales en Irak serait la base de patrouille Cirillo, en l'honneur des deux soldats.

Des collectes de fonds ont permis de récolter plus d'un million de dollars pour venir en aide aux proches des deux hommes, éprouvés par leur décès. Il n'y a aucune raison de critiquer cet effort collectif. Les familles éprouvées auront besoin de toute l'aide qu'on leur offrira. Mais maintenant que les projecteurs sont allumés, pourquoi ne pas les braquer ailleurs, sur d'autres victimes dont on n'entend à peu près jamais parler?

Le jour du Souvenir reflète la dualité de la guerre. On essaie de ne pas oublier les sacrifices de ceux et celles qui ont tout risqué pour nous défendre, mais en même temps, combien de vétérans donneraient tout ce qu'ils ont pour pouvoir oublier, ne serait-ce qu'une journée, les souvenirs et les images qui s'accrochent à leurs neurones?

Ces hommes et ces femmes ne sont pas tombés au champ d'honneur, personne ne désignera une base en leur nom, ils ont à peu près tout perdu, se retrouvent sans honneur, sans abri.

On sait maintenant qu'ils se comptent par centaines, mais on a toutes les raisons de croire qu'en réalité, ils seraient plus d'un millier à travers le pays, poussés à la dérive par les blessures de l'âme et de l'esprit. Une étude menée à Toronto en 2013 démontrait que 17 % des 447 itinérants qui dormaient dans la rue étaient d'ex-soldats. Le temps est venu de partir à leur recherche.

Pendant des années, on a cru que le phénomène des vétérans sans abri était limité aux États-Unis, mais on réalise depuis une dizaine d'années que cette réalité est aussi la nôtre, et elle n'épargne pas Québec.

Ils se retrouvent parfois à la Maison de Lauberivière, confirme au Soleil le directeur de l'établissement, Éric Boulay. «Ils font partie de nos cas les plus chroniques. Je me rappelle de l'un d'eux en particulier. Il semblait éprouver des problèmes de santé mentale, mais en même temps on voyait que ça ne collait pas tout à fait. Et puis on a appris qu'il était un ex-militaire. Il tremblait, juste à parler du fait qu'il avait fait la guerre. C'est quelqu'un qui vivait dans la rue, qui ne faisait confiance à personne, qui s'isolait beaucoup, raconte M. Boulay. On avait découvert qu'il cachait un 7 oz d'alcool dans son pyjama. Il était incapable de dormir sans ça.»

Lorsqu'on identifie un vétéran à Lauberivière, il est référé à des groupes d'aide et peut être suivi par des psychologues qui travaillent pour le ministère canadien des Anciens Combattants.

Mais Québec n'assume pas tout à fait son statut de ville militaire. La proximité de la base de Valcartier devrait pourtant nous rendre plus sensibles au sort de ces vétérans. La Légion a créé un programme en 2012, Leave the Streets Behind, pour venir en aide à cette clientèle précise. Le programme est en vigueur dans cinq provinces, mais pas encore au Québec.

Le jour du Souvenir doit être plus qu'une occasion pour les élus de mousser leur image. C'est une occasion à saisir pour mobiliser les ressources qu'il faut afin d'identifier ces soldats, prisonniers encore aujourd'hui du théâtre d'opérations, et pour leur offrir un toit.

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