Loin de la coupe aux lèvres

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(Québec) L'accord sur le climat signé cette semaine par les deux plus grands pollueurs de la planète, la Chine et les États-Unis, est peut-être «historique» par son caractère inédit, mais il n'en demeure pas moins limité. Il reste encore beaucoup de chemin à parcourir, de zones d'ombre à éclaircir et d'obstacles à lever avant d'espérer aboutir à la fin de 2015 à un accord global suffisamment ambitieux pour limiter la hausse des températures mondiales à 2 °C.

Que la Chine et les États-Unis, qui représentent à eux deux 45 % des émissions de CO2 de la planète et dont les divergences avaient mené à l'échec de Copenhague en 2009, se soient engagés ensemble à réduire leurs émissions de gaz à effet de serre (GES) est en soi une excellente nouvelle. Surtout que c'est la première fois que Pékin accepte de fixer une date («autour de 2030») à partir de laquelle il commencera à les diminuer, lui qui a toujours défendu le principe des «responsabilités communes mais différenciées», selon lequel la responsabilité de la lutte aux changements climatiques incombe d'abord et avant tout à l'Occident industrialisé.

Sauf que l'engagement du premier émetteur mondial de GES est insuffisant. «Autour de 2030», c'est vague et c'est loin quand le temps presse. Le Groupe international d'experts sur le climat (GIEC) l'a dit dans son dernier rapport, si on veut limiter le réchauffement climatique à 2 °C d'ici la fin du siècle, les émissions mondiales de GES devront être réduites de 40 % à 70 % entre 2010 et 2050, et disparaître à l'horizon de 2100. Un calendrier pas mal plus serré que ce que proposent Pékin et Washington, qui prévoit pour sa part réduire de 26 % à 28 % les émissions américaines d'ici 2025 (par rapport aux niveaux de 2005).

Autre ombre au tableau: les républicains ont déjà critiqué les engagements pris à Pékin par l'administration Obama et promis de faire obstruction à leur réalisation. Ceux qui contrôleront le Sénat en plus de la Chambre des représentants à compter de janvier ont notamment fait part de leur volonté de restreindre les nouveaux pouvoirs conférés par Obama à l'Agence de protection de l'environnement.

Du reste, on l'a dit, l'accord sino-américain, aussi essentiel qu'il puisse être en prévision des négociations de 2015, est minimal et limité. Comment et dans quelle mesure influencera-t-il le reste du monde? Si effet d'entraînement il y a, les engagements des autres pays seront-ils aussi minimalistes? Le Canada, pour ne nommer que celui-là, trouvera-t-il dans le flou ou l'insuffisance des objectifs fixés par la Chine et les États-Unis de nouveaux motifs pour justifier la gênante procrastination dont il fait preuve en matière de lutte aux changements climatiques?

Le Canada, qui occupe le troisième rang mondial des pays qui contribuent le plus au réchauffement climatique par habitant, figure aussi parmi les pires tire-au-flanc. Non seulement s'est-il retiré du protocole de Kyoto, mais il ne sera même pas en mesure d'atteindre son modeste objectif de réduire de 17 % d'ici 2020 ses émissions de GES par rapport aux niveaux de 2005, a confirmé le mois dernier la commissaire fédérale à l'environnement, Julie Gelfand. Loin de diminuer, les émissions canadiennes de GES continueront leur croissance marquée avec le développement de l'industrie pétrolière et gazière, que le gouvernement Harper rechigne à réglementer.

Autre engagement jamais respecté par Ottawa: celui pris en 2009 de réduire les fonds publics destinés à l'exploration pétrolière et gazière. Avec des subventions atteignant près d'un milliard de dollars par année, le Canada est l'un des pays du G20 les plus généreux envers l'industrie des énergies fossiles.

Dans ce contexte, et considérant que les élections fédérales auront lieu au plus tard à l'automne 2015, soit juste avant la conférence de Paris, il y a peu de chances que le gouvernement Harper s'engage sérieusement pour le climat au cours des prochains mois. Reste à voir quelles excuses il trouvera.

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