Le mur du silence

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(Québec) C'est comme si un barrage venait de se rompre. Il a suffi d'une fissure, au bon endroit, pour lézarder le mur derrière lequel sont enfouis tant d'horreurs, de secrets et souvent des vies entières.

Une fois que l'eau a commencé à fuir par l'ouverture, rien ne pouvait plus empêcher la réaction en chaîne. Moins d'une dizaine de femmes ont dénoncé un agresseur, un célèbre animateur de radio. Dix années plus tôt, avant Facebook et Twitter, on n'aurait probablement pas vu le déferlement, la thérapie de groupe planétaire, qui a suivi.

Si les courageux témoignages des Michèle Ouimet, Julie Miville-Deschênes, Alexa Conradi et tant d'autres ont eu cet effet d'entraînement, c'est parce que les réseaux sociaux offrent aux victimes - les femmes, et les hommes aussi - un moyen de mettre fin au secret grâce à cette arme aussi simple que puissante : la parole.

Ce qui nous ébranle face à cette déferlante, c'est qu'elle nous confronte à l'étendue du problème. Ce ne sont pas des statistiques qui nous parlent, ce sont nos frères et nos soeurs. Et le premier bénéfice de cette réalisation, c'est qu'elle nous force à agir.

Peu d'entre nous ont dû être surpris d'apprendre que des plaintes ont été portées au Parlement pour des «inconduites», ou de lire des témoignages d'une stagiaire victime d'agression pure et simple. Autant dire qu'on acceptait de fermer les yeux et de laisser aux victimes le fardeau du ménage qui s'impose.

Les parlements sont des lieux de pouvoir où la dynamique peut ouvrir la porte aux transgressions. S'il y a un endroit où il devrait y avoir des mécanismes capables de prévenir ou de punir les abus, c'est bien là.

Les abus sexuels ne sont pas le seul problème, l'intimidation et l'insulte trop souvent employées par les élus, comme l'a récemment dénoncé la conseillère Anne Guérette, ne peuvent pas non plus être tolérées.

Mais la principale question que soulève cette vague, c'est : que peut-on faire pour que les victimes choisissent la dénonciation plutôt que le silence?

Il faut commencer par informer, et saisir cette occasion qui se présente pour faire connaître, par des campagnes publicitaires, les services offerts aux victimes. Tous ont accès aux Centres d'aide aux victimes d'actes criminels (CAVAC 1 888 933-9007), qui ne sont pas réservés qu'aux personnes engagées dans un processus judiciaire, ce qui est d'ailleurs caractéristique au réseau québécois.

Il faut aussi faire connaître les outils dont on dispose pour protéger ceux et celles qui demandent justice, leur parler des articles du Code criminel qui protègent le passé sexuel de la victime; leur expliquer qu'il n'est plus nécessaire que le témoignage d'une victime soit corroboré par d'autres éléments pour que des accusations soient portées; leur faire savoir qu'une victime peut témoigner, dans certains cas, sans devoir être en présence de l'agresseur.

Aucun système de justice n'est parfait, mais il est important pour une victime de savoir qu'elle n'assume pas les frais d'une procédure criminelle. C'est toute la société qui appuie, à travers les procureurs de la Couronne, sa quête de justice.

Une avocate spécialiste des causes d'agression sexuelle nous faisait remarquer que l'obstacle le plus grand à surmonter pour la personne qui s'engage dans ce processus, c'est la peur qu'on ne la croie pas. C'est tout en haut de la liste des angoisses qui hantent ces victimes.

Le processus judiciaire, s'il est difficile, est aussi libérateur, nous dit-elle. «Les victimes sont comme des oiseaux dont on a cassé les ailes. Mais au terme du processus, elles retrouvent la capacité de voler.»

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