Allah et les démons

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(Québec) Plusieurs questions restent encore sans réponse au lendemain de l'attentat de Saint-Jean-sur-Richelieu. Sans présumer des résultats de l'enquête policière et tirer de conclusions hâtives, voyons-y d'ores et déjà l'occasion de réfléchir à ce qu'il est possible de faire, individuellement et collectivement, pour enrayer un fléau auquel aucun pays ne semble plus échapper, celui de la radicalisation religieuse et de la folie meurtrière qui y est trop souvent associée.

L'homme derrière l'attentat, Martin «Ahmad» Couture-Rouleau, s'était récemment converti à une logique d'islamisme radical. La GRC le jugeait suffisamment d'intérêt pour l'avoir ajouté à une liste de

90 Canadiens surveillés pour leur intégrisme religieux. Certains indices, dont le contenu de ses pages Facebook, laissaient croire que Couture-Rouleau se radicalisait. En juillet, le jeune homme s'était vu confisquer son passeport parce qu'il projetait de quitter le pays.

Les autorités auraient-elles pu prévenir son passage à l'acte, si tant est qu'il s'agisse d'un passage à l'acte proprement dit et que celui-ci soit attribuable à son fanatisme religieux? Tout porte à croire que Couture-Rouleau, que les experts qualifient de «loup solitaire», aurait agi de façon autonome. Que même s'il se revendiquait d'une certaine école de pensée, son attaque contre deux militaires ne serait pas liée à un groupe terroriste organisé. Jusqu'à quel point celle-ci peut-elle, dans ce contexte, être qualifiée de «terroriste»? Est-ce plutôt et surtout le geste isolé d'un déséquilibré? Couture-Rouleau a-t-il répondu à l'appel de l'État islamique invitant les djihadistes à tuer des Occidentaux, où qu'ils soient, ou obéi à ses propres démons? Son assaut était-il planifié ou le résultat d'un coup de tête?

Il serait hasardeux de blâmer les services secrets et la GRC avant la fin de l'enquête de la SQ, qui devrait nous en apprendre davantage sur le profil psychologique et les motivations de Couture-Rouleau. Que les autorités aient été au fait de sa radicalisation avant les tragiques événements ne signifie pas qu'elles auraient pu empêcher le pire de se produire. La difficulté à l'ère d'Internet et du djihadisme 2.0 dans les États de droit, c'est de faire la part entre les libertés d'expression et de religion et un éventuel passage à l'acte. D'évaluer le degré de la menace. D'amasser suffisamment de preuves qui justifieraient la surveillance étroite d'un individu. Et encore, à moins qu'une irréaliste garde à vue soit exercée 24 heures sur 24, sept jours sur sept, il est loin d'être évident qu'un contrôle plus serré suffirait à empêcher un autre Martin «Ahmad» Couture-Rouleau de commettre l'irréparable.

Ce qui ne veut pas dire qu'il ne faille pas adapter nos stratégies de lutte au nouveau terrorisme. Le gouvernement Harper a déjà fait part de sa volonté d'élargir les pouvoirs des autorités afin de mieux agir contre les candidats au djihad, potentiels ou avérés. Faudra voir comment il entend et pourra le faire dans notre État de droit. Et s'il ajustera les moyens des services secrets et des forces policières en conséquence. La semaine dernière, le sous-directeur des opérations au Service canadien du renseignement de sécurité (SCRS), Jeff Yaworski, a indiqué devant un comité sénatorial que le SCRS savait où se trouvaient les 90 présumés intégristes canadiens, mais qu'il ne pouvait assurer un suivi constant de ces suspects. Cette surveillance est tributaire de leur budget de fonctionnement, a-t-il dit.

Du reste, nous avons tous un devoir de vigilance. Sans surestimer la menace intégriste, sombrer dans la paranoïa et se lancer dans une injuste chasse aux sorcières, il nous faut apprendre à reconnaître et à évaluer les signes de radicalisation et le potentiel de violence d'un proche ou d'une connaissance, qui ne sont pas toujours évidents, il faut l'admettre. Dans le doute ou devant l'impuissance à ramener l'intégriste à de meilleurs sentiments, le mieux reste encore de s'en remettre aux autorités compétentes.

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