Épidémie c. bureaucratie

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(Québec) Allons-nous perdre la guerre contre Ebola? Au rythme où l'épidémie continue de se propager, on ne peut plus écarter cette hypothèse. L'enjeu est pourtant clair. Si on ne stoppe pas bientôt cette maladie, le monde sera condamné à vivre avec une calamité semblable au sida.

Deux dirigeants de l'Organisation mondiale de la santé (OMS) ont évoqué ce scénario au cours des derniers jours, et les chiffres semblent confirmer leurs appréhensions. 

On a franchi le seuil des 7000 cas le 1er octobre. Cette semaine, le bilan atteint 9000 cas. Il a fallu huit mois, depuis la contamination du «patient zéro» en décembre 2013, pour atteindre le seuil des 2000 cas. Et maintenant, il suffit de deux petites semaines pour en ajouter autant.

Médecins sans frontière (MSF) tente par tous les moyens de nous faire prendre la mesure du danger, mais le message ne passe pas, malgré une intensification de la lutte. «Le virus progresse à la vitesse d'une épidémie, mais nous avançons à la vitesse d'une bureaucratie», a résumé un spécialiste américain. 

On ne pourra pas gagner cette guerre sans envoyer de soldats au front. «Les pays veulent donner de l'argent, mais ils ne veulent pas envoyer du personnel. Ils espèrent pouvoir combattre Ebola à distance, a encore déploré la présidente de MSF, Joanne Liu, hier. On ne pourra pas contenir cette épidémie sans un déploiement massif», prévient-elle.

En Sierra Leone, seulement, il faut trouver 750 médecins et 3000 infirmières pour répondre aux besoins. Le Canada a annoncé, le 25 septembre dernier, qu'il contribuerait 30 millions $ additionnels pour lutter contre l'épidémie. Cet argent doit aller à des organismes comme la Croix-Rouge. Cela fait maintenant trois semaines et on ne sait toujours pas quelles actions seront prises.

La victoire ou la défaite dans cette guerre ne sera pas qu'une question d'argent. C'est d'abord et avant tout la rapidité avec laquelle nous agirons qui fera la différence. Et sur ce plan, l'ennemi nous devance, de loin.

On a ralenti l'épidémie dans certaines des régions moins densément peuplées où elle a pris naissance, mais elle gagne du terrain dans les secteurs urbanisés.

Un des responsables de l'OMS a identifié les trois cibles à atteindre pour empêcher la catastrophe : faire en sorte que 70 % des inhumations se fassent de manière sécuritaire; offrir du traitement à 70 % des malades; et cela doit être accompli d'ici 60 jours.

Si l'épidémie maintenait son rythme actuel de 1000 cas additionnels par semaine, cela représenterait 8000 nouveaux cas pendant ces deux mois. Le problème, c'est qu'elle continuera encore d'accélérer, et que le bilan risque fort de dépasser les 20000 personnes infectées avant la mi-décembre.

Cette crise démontre les limites d'une organisation comme l'OMS. «Nous avons tenté à plusieurs reprises de les convaincre de la gravité de la situation, mais on nous voyait comme des alarmistes», disait encore hier la présidente de MSF.

Lorsqu'on aura traversé cette crise, il faudra combler le vide qu'elle a révélé. L'Organisation mondiale de la santé n'a pas le pouvoir de mobiliser et de coordonner une intervention d'urgence exigeant la participation de plusieurs pays. Des semaines et même des mois ont été perdus à attendre que des gouvernements se mobilisent.

La pire épidémie d'Ebola, avant cette année, avait infecté 425 personnes en 2001 en Ouganda. On avait doublé ce nombre en juillet dernier, avec plus de 1000 personnes infectées. On savait donc, à ce moment, que l'épidémie était d'une ampleur sans précédent, mais il a fallu attendre deux mois avant que le monde se mobilise. Pendant ce temps, le nombre de malades a été multiplié par cinq. L'issue de cette guerre s'est probablement jouée pendant ces deux mois-là.

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