Le poids des inégalités

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(Québec) La gauche n'a plus l'exclusivité du discours prônant l'importance de réduire les inégalités de revenus. Après Standard & Poor's, c'est au tour de Morgan Stanley de s'alarmer de la hausse de ces disparités. Dans une note publiée fin septembre et intitulée «Inégalité et consommation», deux économistes de la banque d'investissement américaine affirment que ces inégalités salariales plombent le retour tant attendu de la croissance.

Bon, la multinationale ne pousse pas l'audace et la lucidité jusqu'à affirmer que les inégalités sont moralement répréhensibles, ni qu'elles détériorent le tissu social, ni qu'elles pervertissent la démocratie, mais quand même. Elle vient au moins de comprendre que les disparités de revenus ne sont plus seulement la contrepartie inévitable de la croissance ou le prix à payer pour que l'économie mondiale fonctionne bien, mais qu'elles peuvent être un sacré fardeau. 

Dans leur note, les économistes Ellen Zentner et Paula Campbell y vont de cette observation : «Une croissance plus forte des salaires est essentielle pour les perspectives macroéconomiques car elle aiderait les ménages à dépenser plus largement dans l'échelle des revenus.» Elles admettent ce que les Joseph Stiglitz (prix Nobel d'économie américain) et Thomas Piketty (économiste français spécialisé dans l'étude des inégalités) de ce monde savaient déjà : les inégalités font mal à l'économie. «Trop d'inégalités se traduisent par moins de productivité, moins d'efficacité, moins de croissance et plus d'instabilité», écrivait Stiglitz dans son essai Le prix de l'inégalité publié en 2012. 

Un mois avant la diffusion de la note de Morgan Stanley, l'agence de notation américaine Standard & Poor's avait publié une étude démontrant comment la hausse des inégalités de revenus pesait sur la croissance américaine. «Le niveau actuel d'inégalités de revenus aux États-Unis freine la croissance du PIB au moment où la première économie mondiale lutte pour se remettre de la grande récession et où le gouvernement a besoin de financement pour supporter le vieillissement de la population», y résumait-on.

D'autres institutions comme l'OCDE, le FMI et, plus près de nous, le Conference Board du Canada ont insisté au cours des dernières années sur la nécessité de remédier aux inégalités. L'idée de plus en plus admise est que leur réduction permet d'assurer une croissance économique plus forte et durable en diminuant l'endettement des ménages et les risques de crise économique et financière (des économistes n'ont d'ailleurs pas hésité à attribuer aux inégalités la responsabilité de la dernière crise financière). 

Rappelant que les 85 personnes les plus riches du monde détiennent aujourd'hui la moitié de la richesse mondiale, la directrice générale d'Oxfam, Winnie Byanyima, a déclaré lors d'un séminaire du FMI sur la croissance et les inégalités tenu ce printemps qu'«on ne peut admettre que des millions de personnes vivent dans la pauvreté la plus abjecte pendant que d'autres [...], même si elles avaient 1000 vies, ne réussiraient pas à dépenser tout ce qu'elles possèdent». 

Les remèdes aux inégalités sont connus. Ils passent essentiellement par des réformes fiscales bien ciblées (augmentation des impôts et réduction des avantages fiscaux qui concernent les plus riches, par exemple), combinées à une lutte efficace contre la fraude fiscale et les flux financiers illicites ainsi qu'à une action renforcée de l'État providence en faveur des populations les plus pauvres (transferts sociaux plus généreux et meilleures politiques en matière d'éducation et de marché du travail, par exemple). 

La semaine dernière, le Public Religion Research Institute des États-Unis publiait une étude intitulée «Insécurité économique, montée des inégalités et doutes sur l'avenir» révélant que plus de la moitié des Américains ne croient désormais plus au «rêve américain», cette idée selon laquelle tout le monde, par le travail, le courage et la détermination, peut prendre le chemin de l'enrichissement et de l'ascension sociale. En plus d'inquiéter les institutions économiques les plus «mainstream», la croissance des inégalités est en train, mine de rien, de saper un des mythes fondateurs de la culture américaine...

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