Les études et les statistiques crédibles ne manquent pas et devraient tous nous alarmer. Fin août, l'Organisation mondiale de la santé (OMS) rapportait que les changements climatiques pourraient provoquer 250 000 décès de plus chaque année à partir de 2030, causés par la malnutrition, la malaria, la diarrhée et les vagues de chaleur. «Les preuves sont incontestables : les changements climatiques menacent la santé de l'être humain», a martelé la directrice générale de l'OMS, Margaret Chan, à l'ouverture d'une conférence sur la santé et le climat qui a eu lieu à la fin du mois dernier à Genève. Selon l'OMS, les coûts directs des changements climatiques pour la santé pourraient atteindre 4 milliards $ par an d'ici 2030.
L'agence onusienne calcule également que près de sept millions de personnes, soit une sur huit au niveau mondial, sont décédées prématurément en 2012 des suites d'un cancer ou d'une maladie cardiovasculaire ou respiratoire causés par la pollution de l'air.
L'heure est à l'action, mais les gouvernements placotent et tergiversent, quand ils ne font pas semblant de rien. Selon l'Organisation météorologique mondiale (OMM), les gaz à effet de serre (GES) responsables de la pollution et du réchauffement rapide de la planète ont atteint des concentrations records en 2013. «Le dioxyde de carbone demeure pendant des centaines d'années dans l'atmosphère et encore plus longtemps dans l'océan. L'effet cumulé des émissions passées, présentes et futures de ce gaz se répercutera à la fois sur le réchauffement du climat et sur l'acidification des océans», a prévenu la semaine dernière le secrétaire général de l'OMM, Michel Jarraud.
Au rythme où l'humain pollue et s'il ne se ressaisit pas, la terre subira un réchauffement global de quatre degrés plutôt que de deux à la fin du siècle, a récemment mis en garde le Groupe intergouvernemental sur le climat (GIEC).
Or il n'en coûterait pas si cher de renverser la vapeur. Selon un volumineux rapport produit par une commission indépendante dirigée par l'ancien président mexicain Felipe Calderon et l'économiste britannique Nicholas Stern, il serait encore possible d'éviter le pire du réchauffement climatique à un coût relativement modeste. Suffirait que les gouvernements envoient rapidement un message clair et ferme. Nous l'avons déjà souligné ici, et M. Calderon l'a rappelé en ces termes cette semaine, «l'idée qu'il faille choisir entre la lutte contre les changements climatiques et la croissance de l'économie mondiale est un faux dilemme». Le monde a tout intérêt à investir massivement dans les énergies renouvelables et les technologies vertes. Et à cesser de subventionner généreusement une industrie, celle des énergies fossiles, qui est en train de causer sa perte.
Le réchauffement climatique accéléré par la pollution humaine n'est pas une vue de l'esprit. Plus qu'une menace, c'est une réalité qui nous a déjà rattrapés. Continuer de faire de la fuite par en avant, la tête dans le sable avec des oeillères, c'est foncer droit vers le désastre.
Le Sommet de mardi à New York sera l'occasion pour la communauté internationale de mettre la table en vue de la très attendue 21e Conférence sur le climat qui aura lieu à Paris en 2015, où doit être signé un accord d'envergure sur la réduction des émissions de GES. Souhaitons qu'elle ne se contente pas d'étendre la nappe.