La loi du code

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(Québec) Entre les débats sur le Conseil du statut de la femme et sur le déficit zéro, les députés de l'Assemblée nationale ont pris quelques minutes, mardi, pour adopter une motion - unanime - en faveur de l'usage par l'administration publique du logiciel libre.

Comme la plupart de mes collègues, le sujet vous laisse probablement perplexe. Un logiciel ou un autre, finalement, ça change quoi? Ça change pas mal de choses, en réalité.

L'Institut de recherche et d'informations socio-économiques (IRIS) vient de publier une note où il fait miroiter les économies de 264 millions $ qu'aurait permis l'usage de logiciels libres, si Québec avait choisi cette solution au lieu de migrer ses milliers de postes de travail vers les dernières versions de Windows.

Mais l'importance du logiciel libre va bien au-delà des économies en coûts de licences que permettent ces outils, le plus souvent gratuits. Si à travers le monde la majorité des sites Web fonctionnent grâce au serveur Apache, un logiciel libre, ce n'est pas juste parce que c'est moins cher. C'est parce que c'est stable et surtout parce qu'on peut le modeler selon ses besoins. C'est pour ça que Google, Twitter, Facebook et Amazon reposent tous sur Linux.

Même la NASA a migré certains des portables qui commandent les systèmes de la Station spatiale internationale de Windows vers Linux. Pas pour sauver quelques centaines ou milliers de dollars, mais parce que les opérateurs de la station veulent être en mesure de modifier le système eux-mêmes, quand ça leur chante, ce que ne permet pas un logiciel «propriétaire».

Ce discours-là n'a rien de nouveau, le logiciel libre est aussi vieux que l'informatique. Ce qui a changé, depuis un peu moins d'un an, ce sont les gestes concrets posés par le gouvernement pour faire en sorte qu'on l'utilise. C'est nouveau, parce que l'année dernière encore, quand est venu le temps de remplacer les postes de travail des députés, l'Assemblée nationale s'est tournée vers Fujitsu, un «Microsoft Gold Certified Partner», pour savoir s'il fallait acheter du Windows ou installer du Linux... Fujitsu a écarté Linux avant même de lancer l'appel d'offres, empêchant tout fournisseur de logiciel libre de même soumettre une proposition. Une aberration.

Le virage en cours date d'un peu plus de six mois, quand Québec a annoncé huit mesures pour développer son expertise dans ce domaine, en commençant par la création du Centre d'expertise gouvernemental en soutien et en développement du logiciel libre (CELL), doté d'un budget de 4 millions $.

À venir jusque-là, les espoirs alimentés par la Loi sur la gouvernance et la gestion des ressources informationnelles, de l'ex-présidente du Conseil du Trésor, Michelle Courchesne, étaient restés vains. Elle a quand même le mérite d'avoir donné une base sur laquelle son successeur, Stéphane Bédard, a pu bâtir.

La surprise, mardi, au-delà de la motion elle-même, c'était de voir les députés des deux côtés de la Chambre applaudir deux complices qui prêchent depuis des années pour ce virage : l'homme d'affaires Cyrille Béraud et le professeur de l'Université Laval, Daniel Pascot, qui assistaient à la séance. Pour ces deux-là, qui se sont vus la plupart du temps confinés au rôle de fauteurs de troubles, cet hommage est très significatif.

Daniel Pascot nous invite à considérer le logiciel comme un patrimoine, un bien essentiel, au même titre que la nourriture ou l'énergie. Il aime à citer la devise de Lawrence Lessig : «le code, c'est la loi» (Code is Law), parce que sans code informatique, il n'y a pas d'Internet, pas de téléphone, pas de voitures ni d'électricité. C'est pour ça que l'État a besoin du logiciel libre. Pour notre souveraineté numérique.

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