Enseignement supérieur: le Sommet sans moyens

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(Québec) Rejoindre le peloton de tête dans un état anémique. C'est ce que demande la première ministre Pauline Marois aux universités québécoises à l'issue du Sommet sur l'enseignement supérieur. Toute une commande!

Il faut certes voir positivement que le gouvernement Marois opte pour l'indexation des droits de scolarité plutôt que d'épouser bêtement et pour des motivations électoralistes la position des associations étudiantes et syndicales qui auraient souhaité un gel, voire la gratuité scolaire.

Il est en effet aberrant que tous les 5 ou 10 ans, divers acteurs de la société québécoise doivent consacrer des mois à parler de droits de scolarité alors que les dirigeants et le personnel des universités, de même que des cégeps, sont confrontés à des défis beaucoup plus importants en matière de diplomation, d'arrimage avec le marché du travail, de qualité et de diversité de l'enseignement et de la recherche.

Mme Marois et son ministre Pierre Duchesne ont pris leur responsabilité en tranchant en faveur de l'indexation. C'est bien, mais ils sont encore loin de pouvoir dire mission accomplie.

Il n'y a pas eu de déclarations fracassantes ni de claquage de porte à ce Sommet. Les recteurs, qui comptent sur les subventions gouvernementales pour une bonne part de leur budget, doivent bien sûr se montrer beaux joueurs. Le calme retrouvé sur les campus après un printemps tumultueux peut toutefois s'avérer trompeur. D'autres petites crises risquent de ressurgir ici et là au cours des prochains mois.

À court terme, les universités demeurent en effet aux prises avec des compressions budgétaires de 250 millions$. Ce n'est que dans deux ans que Québec regarnira peu à peu leurs coffres. Dire que la vie sera plus belle dans sept ans puisqu'elles toucheront 1,7 milliard$ de plus n'élimine pas les difficultés immédiates. Ni ne donne le souffle pour rattraper les universités concurrentes qui sont déjà dans le peloton de tête ou s'y dirigent bien épaulées par leur gouvernement.

Québec ne peut imposer des coupes sans créer des tiraillements et des dommages. Les embauches de profs, de chargés de cours et d'employés de soutien attendront, les étudiants patienteront pour obtenir des services et des projets seront mis sur la glace. La première ministre fait preuve d'un grand optimisme lorsqu'elle prétend que les universités passent maintenant à une étape plus constructive.

Son gouvernement ne peut non plus espérer lancer des chantiers sur des sujets aussi délicats que le financement des universités, les frais institutionnels obligatoires (frais afférents), l'accessibilité et l'aide financière, la gouvernance et la reddition de comptes sans susciter des affrontements entre les différents acteurs du milieu universitaire. On peut certes devant les caméras s'entendre sur de grands principes. Mais personne n'acceptera sans mot dire de se faire dépouiller de fonds, de pouvoir ou de privilèges.

Reste à espérer que contrairement aux débats des derniers mois, les parties sauront défendre leur position sur des faits et des études sérieuses plutôt que sur des impressions et des calculs politiques.Souhaitons aussi que le gouvernement regarde davantage vers l'avant plutôt que dans le rétroviseur et dans le rapport Parent qui date de 50 ans.

Le défi de Mme Marois et de son ministre était dans un premier temps de s'assurer que le Sommet promis ne déraille pas. Il est dorénavant de maintenir les canaux de communication ouverts pour que des résultats bien concrets aboutissent selon les échéanciers fixés au Sommet.

En attendant, le gouvernement gagnerait en crédibilité en osant s'attaquer à la clarification et à l'encadrement du droit de grève des étudiants. Il ne peut d'un côté déplorer à répétition la crise qui a secoué les campus l'an dernier, et de l'autre, ne rien faire pour éviter d'autres affrontements le jour où une décision gouvernementale déplaira à une partie des étudiants.

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