Les coupables pensées

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(Québec) Quand l'Office québécois de la langue française (OQLF) fait parler de lui, ce n'est pas souvent pour les bonnes raisons. Non pas que l'Office est moins compétent que d'autres organismes paragouvernementaux, mais simplement parce qu'il touche à une fibre sensible de l'ADN québécois, la langue, où chaque faux pas est susceptible de provoquer une réaction aiguë.

Remarquez, on pouvait difficilement faire mieux comme gaffe que les écarts rapportés par les médias depuis quelques semaines, dans le secteur de la restauration.

Il y a du Tartuffe dans les excès de zèle déployés pour biffer le mot «pasta» d'un menu italien, ou faire disparaître le «Fish & Chips» d'un bistrot qui ne vend rien d'autre; éradiquer l'usage du mot «steak» dans une cuisine, ou bien le signe WC dans une brasserie d'inspiration parisienne.

«Couvrez ce sein que je ne saurais voir : [...] cela fait venir de coupables pensées», disait le personnage de Molière.

La ministre responsable de la Charte de la langue française, Diane De Courcy, a bien réagi, heureusement, pour éviter d'attiser les flammes, en prônant la «modération, mais aussi du jugement».

Elle a aussi raison de dire qu'on ne devrait pas juger l'OQLF à partir de ces incidents. Mais dans ce terrain miné, les symboles et les perceptions ont autant d'importance que la réalité. Aux yeux du public, l'Office sera perçu comme un organisme zélé et tatillon.

Pourtant, la réalité est bien différente. Dans une entrevue à L'actualité, en 2012, la présidente de l'OQLF, Louise Marchand, rappelait que sur 3660 plaintes reçues pendant l'année 2010-2011, seulement 2 % avaient donné lieu à une poursuite. On ne peut pas accuser l'Office d'être un fanatique de la langue.

Le français ne maintiendrait pas sa place sur l'île de Montréal sans nos lois et nos règlements. Mais il faut là aussi que le législateur fasse montre de «modération et de jugement». Certains aspects du projet de loi 14, modifiant la Charte de la langue française et la Charte des droits et libertés de la personne, sont malheureusement susceptibles de provoquer, inutilement, de vives réactions de la part des communautés anglophones.

C'est le cas pour l'amendement qui accorde au gouvernement le pouvoir de retirer le statut bilingue d'une municipalité, si la proportion de citoyens dont l'anglais est la langue maternelle tombe sous la barre des 50 %.

Québec se donne une marge de manoeuvre afin de tenir compte de l'histoire et de la tradition de la municipalité, mais la clause est beaucoup trop vague pour rassurer à bon droit des communautés qui tiennent à conserver leurs services.

Québec veut avoir la possibilité de s'adapter aux transformations sociodémographiques que connaissent certaines municipalités, mais s'agit-il vraiment d'un problème? Et s'agit-il de la bonne solution?

On a raison de s'attaquer au problème du français en milieu de travail, là où l'anglais gagne du terrain. Mais comme le souligne avec raison le ministre responsable de la métropole, Jean-François Lisée, c'est au sein des communautés allophones que le français doit faire des gains, pas chez les communautés anglophones.

Le ministre tient le bon discours, mais les modifications comme elles sont prévues au projet de loi 14 envoient le signal contraire.

Pourquoi susciter l'inquiétude de communautés, qui ont des racines profondes dans cette province, là où leur nombre est déjà en déclin? Que gagnerons-nous au juste? On parle, en dehors de Montréal, de moins de 40 municipalités, sur les 1100 que compte le Québec, d'une population moyenne d'environ 3000 habitants.

Ces municipalités devraient avoir leur mot à dire sur toute décision relative au statut bilingue qu'elles possèdent, car il s'agit de leur patrimoine.

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