La ministre Aglukkaq en fume du bon

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(Québec) Le nom est pourtant clair : un Programme d'accès à la marijuana à des fins médicales, ça devrait aider les malades à obtenir le produit qui les soulage.

Mais le nouveau Règlement sur la marijuana à des fins médicales (RMFM), annoncé en décembre par la ministre canadienne de la Santé, Leona Aglukkaq, aura l'effet contraire. Il sera plus difficile d'obtenir la quantité voulue, la variété et le format de son choix, et ça coûtera plus cher. Mais surtout, on expose des milliers de malades à des accusations criminelles s'ils ont la mauvaise idée de produire eux-mêmes la plante en question.

La ministre prétend que ces changements reflètent un «équilibre entre l'intérêt des patients et celui de la sécurité publique». Si on nous permet ce clin d'oeil, pour dire ça, elle doit en fumer du bon...

Santé Canada évoque la réduction des risques reliés à la culture du cannabis dans des résidences; la réduction de ses coûts administratifs; et aussi les bénéfices qu'en tireront les producteurs grâce à un prix plus élevé.

Bref, on a pensé à tout, sauf à améliorer l'accès des malades au produit.

Il faut se rappeler que ce sont les tribunaux qui ont forcé le gouvernement à assumer ses responsabilités et mettre en place un système permettant aux malades d'avoir accès au produit qui les soulage. En restreignant cet accès, la nouvelle réglementation ne fera que ramener les fautifs - car il y en aura - devant les juges. Une épreuve qu'on aurait dû leur épargner.

Il est inadmissible qu'aujourd'hui encore, ici même à Québec, des malades doivent acheter leur cannabis d'un revendeur. C'est dû, entre autres, aux descentes effectuées en juin 2010 par les corps policiers, qui ont fait fermer les centres de compassion de Montréal et de Québec. Cela fera bientôt trois ans et le procès n'a toujours pas eu lieu. La Société pour l'accès au cannabis médical est l'une des rares, sinon la seule, à offrir de l'approvisionnement.

Les règles actuelles permettent à un utilisateur d'obtenir une autorisation pour cultiver soi-même son cannabis. Plus de 60 % des quelque 22 000 personnes visées par le programme en bénéficient. Ce droit leur sera retiré d'ici 2014.

Le Ministère voit ce grand nombre d'utilisateurs comme un problème. C'est malheureux, car ce haut taux d'utilisation signifie aussi que les malades y trouvent leur compte, y voient un moyen de reprendre un certain contrôle sur leur santé.

Rien n'empêchait Ottawa de resserrer ses critères, de trouver des partenaires pour assurer le suivi de ces installations. Cela aurait été de loin préférable à l'interdiction pure et simple qui sera imposée à plus de 12 000 utilisateurs.

Lorsqu'il s'agit de tabac, un produit cancérigène, les lois canadiennes permettent à n'importe qui d'en cultiver sans contrainte. Mais le malade qui aura le malheur de faire pousser quelques plants de cannabis chez lui sera traîné devant les tribunaux.

Il y a peut-être eu des écarts dans certains clubs de compassion, mais ce n'était pas une raison pour rejeter la formule au complet. Les utilisateurs ont besoin d'un lieu physique où se procurer les produits dont ils ont besoin, quand ils en ont besoin. Avec le système préconisé par Santé Canada, tout se fera par courrier, il y aura des semaines d'attente et le choix sera limité.

Les citoyens ont jusqu'au 28 février pour faire connaître leur opinion sur les changements proposés. Ne vous faites pas d'illusion, les jeux sont déjà faits. Une fois encore, il reviendra aux tribunaux de trancher la question.

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