Le prix du vent

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(Québec) Pour comprendre le débat entourant les surplus d'énergie dont dispose Hydro-Québec, il y a une donnée révélatrice que contient le dernier rapport annuel - celui de 2011 - de la société d'État.

Le document montre d'abord qu'en 2007, Hydro avait exporté 17 térawattheures (TWh) d'électricité sur le marché court terme américain, pour un total de 1,4 milliard $ de revenus. En 2011, les exportations d'électricité dans ce même marché avaient augmenté de 40 %, à 24 TWh, mais les revenus étaient plus bas qu'en 2007 : 1,1 milliard $.

C'est un peu comme ces publicités à la télévision où l'on offre le gadget miracle en promettant l'affaire du siècle : «Mais attendez... pour le même prix vous obtenez 40 % plus d'électricité...»

C'est une caricature bien entendu, qui déforme la réalité, mais elle donne une idée du dilemme auquel Hydro est confrontée. Les marges de profit des marchés à court terme fondent à vue d'oeil, entraînées par la chute des prix du gaz naturel. Afin de maintenir un bénéfice net de 2,5 milliards $, il faut vendre toujours plus d'électricité, pour moins cher.

Et c'est ici que se pose le problème des surplus. Pendant qu'Hydro voit les prix baisser aux États-Unis, ses coûts de production augmentent au Québec en raison des contrats qui la lient aux producteurs privés, notamment pour l'énergie éolienne. Et il n'y a pas d'acheteurs au Québec pour cette production.

On a beau se gargariser en présentant ces surplus comme une «opportunité», ça ne correspond pas à la réalité. L'eau qui remplit les réservoirs, c'est une manne qui ne coûte rien. Mais dans le cas du parc d'éoliennes de Rivière-du-Moulin (350 MW), que viendrait d'autoriser le gouvernement Marois, chaque kilowattheure qui s'ajoute à la production vient avec une étiquette : 11,5 ¢.

Preuve que ces surplus sont un boulet, Hydro dit faire des «économies» en payant 150 millions $ par année à TransCanada (TCE) pour ne pas utiliser sa centrale thermique de Bécancour, qui lui coûterait pourtant moins cher que l'éolien.

Si on sauve de l'argent en n'achetant pas de TCE, comment peut-on faire des profits avec les kilowattheures des parcs éoliens?

La Coalition avenir du Québec réclame une enquête du Vérificateur général du Québec sur la gestion des surplus d'électricité. C'est une excellente suggestion, bien qu'elle risque de prendre un certain temps avant d'aboutir. On pourrait aussi fouiller la question en commission parlementaire, quitte à piétiner un peu les compétences de la Régie de l'énergie.

Le fond du problème est surtout politique. Il faut se rappeler que deux semaines avant de déclencher les dernières élections, l'ex-premier ministre Jean Charest annonçait l'ajout de 700 MW d'énergie éolienne au Québec, disant vouloir maintenir les emplois en Gaspésie et dans la MRC de Matane.

Il est peut-être temps de marquer une pause et de réévaluer cette filière.

L'année dernière, aux États-Unis, il s'est construit un nombre record d'éoliennes, pour une puissance totale de 13 200 MW aménagée en 2012. Mais ce résultat a été obtenu grâce, entre autres, à des incitatifs fiscaux offerts par Washington.

L'Association québécoise de la production d'énergie renouvelable espère qu'Hydro-Québec ira de l'avant avec l'appel d'offres de 700 MW promis par M. Charest, «pour ne pas freiner l'élan de cette filière au Québec».

C'est peut-être le chemin que Québec voudra suivre, on peut avoir de bonnes raisons de soutenir ces emplois dont l'Est-du-Québec a tant besoin, mais les contribuables ont au moins le droit de savoir quel en sera le prix.

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