Les déchets des autres

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(Québec) «Il y a des déchets partout en Haïti! Le taux de chômage est très élevé. Il y a des centaines de milliers d'hommes et de femmes très capables qui pourraient s'impliquer et nettoyer.»

C'est dans ces termes que le ministre canadien de la Coopération internationale, Julian Fantino, a exprimé son mécontentement quant aux progrès enregistrés en Haïti. Il annonçait la semaine dernière qu'il n'autoriserait plus de nouveaux projets d'aide dans ce pays avant d'avoir déterminé une approche plus efficace qui permettrait aux Haïtiens «de se prendre en main». On est en droit de s'inquiéter si les propos qu'il a tenus traduisent toute la profondeur de sa réflexion.

À l'entendre, on aurait des raisons de se poser des questions. Selon lui, nous n'obtenons pas le progrès «auquel les Canadiens sont en droit de s'attendre».

On aurait compris si le ministre s'était inquiété du peu de progrès pour le peuple d'Haïti. Évidemment, que les projets en cours ne donnent pas les résultats escomptés, c'est embêtant pour ceux qui paient la note, mais tout de même, comme M. Fantino l'a si subtilement évoqué, ceux qui vivent dans les déchets, ce sont les Haïtiens.

En lui donnant le bénéfice du doute, on pourrait croire que le ministre veut sincèrement changer les choses pour le mieux, mais ses propos consternants font craindre le pire.

On ne saurait lui reprocher de s'inquiéter du peu de progrès dans les conditions de vie des Haïtiens. Le problème, c'est qu'il semble surtout blâmer la société et le gouvernement haïtien pour cet état de fait.

Haïti est un pays de 10 millions d'habitants qui doit se débrouiller avec l'équivalent du budget d'une ville québécoise à peine plus grosse que Québec. M. Fantino pourrait alimenter sa réflexion en lisant les nombreuses études qui ont été publiées sur l'aide humanitaire accordée depuis le séisme de 2010. Dans l'une d'elles, réalisée par un organisme américain, le Center for Global Development, on signale que sur près de 2,3 milliards $ versés en aide humanitaire en 2010 et 2011, moins de 1 % est allé au gouvernement haïtien. Les compagnies haïtiennes, tout comme les ONG du pays, ne se voient accorder que des miettes, alors que les ONG internationales et les compagnies provenant des pays donateurs se taillent la part du lion, formant un véritable État dans l'État. Une autre étude, par le Center for Economic and Policy Research aux États-Unis, révèle que 75 % des fonds versés par USAID, équivalent américain de l'Agence canadienne de développement international (ACDI), sont allés à des entreprises des régions de Washington DC, du Maryland, ou de la Virginie.

Dans un sens, M. Fantino n'a pas tout à fait tort lorsqu'il suggère que tout ce qui reste à faire aux Haïtiens, c'est de déblayer les rues.

Un réexamen de la stratégie canadienne est sans doute une bonne idée, mais à une condition : que ça se fasse dans la transparence. Ce ne sont pas les Haïtiens qui prennent les décisions quant à la façon dont ces sommes sont dépensées. L'étude du Center for Global Development démontrait par exemple qu'il s'est dépensé cinq fois plus en transport que ce que demandait le gouvernement d'Haïti, mais qu'on a investi seulement 20 % de ce qu'il demandait pour le renforcement de ses structures démocratiques.

On peut difficilement reprocher au gouvernement de Port-au-Prince de manquer de transparence si nous ne pouvons en faire preuve nous-mêmes. Encore là, pour paraphraser M. Fantino, les Canadiens sont en droit de s'attendre à quelque chose, et c'est de savoir comment est dépensé leur argent, et par qui.

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