Les ravages du colonialisme

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(Québec) Pourquoi Theresa Spence est-elle prête à mettre sa propre vie en jeu avec sa grève de la faim? Parce que le Canada n'a pas encore pris lamesure des dégâts causés par un siècle de politiques visant à coloniser et à assimiler les peuples autochtones.

En 2008, le premier ministre Harper a posé un jalon important en présentant des excuses officielles pour les abus du système des «pensionnats indiens». Mais cet épisode, aussi tragique soit-il, n'était qu'une facette d'un régime qui considérait comme inférieures les nations qui habitaient ce territoire avant l'arrivée des colons européens.

Pour nous, cela est du passé, mais les peuples autochtones sont confrontés quotidiennement à cet héritage.

On compte 615 communautés autochtones au Canada, où on parle 10 langues bien distinctes. La population autochtone compterait près de 1,5 million d'individus aujourd'hui.

Mais ces communautés sont affligées par un niveau de vie inférieur. Elles sont plus pauvres, moins bien logées et moins éduquées que les Canadiens en général.

On n'a pas encore les données du recensement de 2011 pour ce groupe, mais celui de 2006 montrait que 25 % d'entre eux vivaient dans des maisons ayant besoin de réparations majeures - contre 7 % dans le reste du Canada; 15 % habitaient dans des foyers surpeuplés (3 % chez les non autochtones). À peine la moitié des enfants (54 %) vivent avec deux parents, contre 82 % pour l'ensemble du pays. Leur espérance de vie est plus courte de 10 ans, sans parler des problèmes d'accès à l'eau potable ou des taux disproportionnés de criminalité.

Ça, c'est le résultat d'un siècle de négligence, et le problème, c'est que l'écart entre leur société et celle des Canadiens ne s'améliore guère avec le temps.

Cette situation a été dénoncée en 1996 par la Commission royale d'enquête sur les peuples autochtones; elle l'a été en 2007 par l'organisme britannique Save the Children, qui a comparé le désespoir des communautés du Nord canadien à celui des habitants du Darfour; elle a aussi été soulignée par la Commission des droits humains de l'Organisation des Nations Unies.

À maintes reprises, le bureau du Vérificateur général du Canada s'est attaqué au problème. Lorsqu'elle a quitté ses fonctions, l'ex-vérificatrice Sheila Fraser avait qualifié cette disparité d'«inacceptable» pour un pays comme le nôtre.

Ni Ottawa ni les Premières Nations se sont totalement affranchis de l'emprise du colonialisme. M. Harper nie cette réalité, lui qui a déjà soutenu devant le G20 que son pays n'avait pas «un passé colonialiste...». Non seulement ce passé est-il réel, mais on le perpétue avec ces «Rencontres de la Couronne et des Premières Nations». C'est déplorable de voir Ottawa et les représentants autochtones s'accrocher à ce symbole d'une époque révolue.

Dans une étude lucide publiée en 2010, le Centre canadien de politiques alternatives soutenait qu'un réel progrès serait possible si le Canada reconnaissait la réalité du colonialisme : «Il faut abandonner la croyance selon laquelle le fédéral sait ce qui sera bon pour ceux qui ont souffert sous le régime colonial...», soulignait-on.

Tout un peuple vit un drame sous nos yeux. Cela exige un changement radical et profond d'attitude. Les Premières Nations doivent avoir, comme n'importe quelle province, un réel système de représentation, des infrastructures de santé et d'éducation équivalentes à celles dont jouissent les «autres» Canadiens, et sur lesquelles elles auront le même niveau de contrôle. On n'a pas besoin d'un gouverneur général pour ça.

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