Du pain sur la planche

Partager

(Québec) Démocrates et républicains ont conclu de peine et de misère un accord qui permettra aux États-Unis d'éviter la cure d'austérité forcée du fameux «mur budgétaire». La première puissance économique mondiale n'est pas sortie de l'auberge pour autant, elle qui n'aura fait que repousser de deux mois les coupes budgétaires qui devaient entrer en vigueur mercredi. Au cours des prochaines semaines, donc, les élus américains devront élaborer un plan de réduction des dépenses, tout en s'attaquant à l'épineuse question du relèvement du plafond légal de la dette, atteint officiellement lundi. Zoom sur une crise politique et idéologique annoncée.

Pour la petite histoire, Barack Obama souhaitait se débarrasser des cadeaux fiscaux pour les plus riches hérités de la présidence de Georges W. Bush. À défaut d'un accord sur la réduction du déficit à leur expiration, le 31 décembre, des coupes draconiennes dans les dépenses publiques auraient automatiquement été mises en oeuvre, conformément à un accord adopté par le Congrès à l'été 2011.

Dans un monde idéal, Obama aurait supprimé les allègements fiscaux pour les foyers gagnant plus de 250 000 $ par année. Mais voilà, les républicains, très conservateurs et majoritaires à la Chambre des représentants, sont profondément allergiques à l'idée d'augmenter les impôts des riches.

Dans un monde idéal, les républicains auraient donc balayé du revers de la main le texte législatif adopté par le Sénat dans la nuit de lundi à mardi, lequel prévoit une hausse des taux d'imposition pour les foyers aux revenus supérieurs à 450 000 $ par année. Mais ce faisant, ils auraient été tenus responsables de l'application de la cure d'austérité qui, selon les économistes, aurait vraisemblablement fait replonger le pays en récession.

L'accord sur la réduction du déficit entériné cette semaine ne règle donc pas la question de fond, celle de la diminution des dépenses publiques. Les coupes prévues par le Congrès en 2011 auraient particulièrement touché les dépenses militaires, ce à quoi s'opposent les républicains, qui préfèrent qu'on sabre davantage les budgets sociaux, chers aux démocrates.

Deux mois. C'est le peu de temps dont disposent les républicains et les démocrates pour tenter de réconcilier des intérêts diamétralement opposés et adopter une fois pour toutes un plan de compressions budgétaires d'envergure.

À cette rude bataille à venir s'ajoute, nous l'avons mentionné plus haut, celle entourant la question du relèvement du plafond de la dette. Rappelons qu'aux États-Unis, un montant maximum de dette est fixé politiquement. Lorsqu'il est dépassé, comme c'est le cas depuis lundi, le pays est techniquement en faillite et ne peut plus emprunter sur les marchés financiers. Fâchés d'avoir dû consentir à des hausses d'impôts pour les plus riches, les républicains pourraient refuser de donner leur aval à un nécessaire relèvement du plafond de la dette.

Depuis que les républicains ont pris le contrôle de la Chambre des représentants il y a deux ans, les États-Unis accumulent les crises politiques. On dit même que le Congrès américain a rarement été aussi improductif, la dernière fois remontant à... 1947. Pas exactement les conditions idéales pour régler la crise de la dette qui fait rage au pays depuis des lunes.

La directrice du Fonds monétaire international, Christine Lagarde, déclarait au début du mois de décembre que la suprématie et le leadership des États-Unis seraient menacés si aucun accord sur la dette n'était trouvé, et qu'un mur budgétaire risquerait de peser sur une reprise mondiale encore fragile.

Malgré l'accord de cette semaine, la menace du mur budgétaire plane toujours. Encore plus, si ça se trouve.

Du reste, la crise de la dette que traversent les États-Unis reflète bien la bête soumission des pays occidentaux au marché. Dans ses voeux de début d'année, le pape Benoît XVI a dénoncé un «capitalisme financier sans régulation». Pour une rare fois, nous ne pouvons qu'être d'accord avec lui.

Partager

publicité

publicité

la liste:1710:liste;la boite:91290:box

En vedette

Précédent

publicité

la boite:1608467:box; tpl:300_B73_videos_playlist.tpl:file;

publicité

Les plus populaires : Le Soleil

Tous les plus populaires de la section Le Soleil
sur Lapresse.ca
»

CONTRIBUEZ >

Vous avez assisté à un évènement d'intérêt public ?

Envoyez-nous vos textes, photos ou vidéos

Autres contenus populaires

image title
Fermer