Un choix indéfendable

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(Québec) Compter sur la bonne foi des pharmaceutiques pour contrer les effets des pénuries de médicaments. Décidément, la ministre fédérale de la Santé, Leona Aglukkaq, préfère plaire aux compagnies pharmaceutiques que de s'assurer que les médecins et les pharmaciens disposeront des produits nécessaires pour traiter les grands malades. Un choix indéfendable.

Tout comme d'autres pays, le Canada est confronté de plus en plus à des pénuries de médicaments. Seulement au Québec, le réseau a connu 33 ruptures d'approvisionnement en 2006, comparativement à 207 en 2010. Le nombre de pénuries augmente et leur gravité aussi.

L'hiver dernier, les difficultés de l'entreprise Sandoz ont forcé les établissements de santé à déployer des efforts inouïs pour pallier le manque de molécules injectables servant aux traitements des cancéreux, des grands brûlés et des malades en fin de vie. La situation a poussé l'Ordre des pharmaciens, le Collège des médecins, les pharmaciens propriétaires et d'hôpitaux à se mobiliser pour trouver des façons d'éviter ces stressantes et coûteuses répétitions.

Et qu'a été l'apport d'Ottawa devant une situation créant une grande inquiétude chez les patients et forçant les professionnels de la santé à des réajustements qui retardent des interventions et entraînent des dépenses supplémentaires? La ministre fédérale de la Santé a préféré laisser aux compagnies pharmaceutiques le choix d'annoncer ou non d'éventuelles pénuries de médicaments plutôt que de leur imposer un avis d'avertissement.

Des documents obtenus par La Presse Canadienne révélaient jeudi que des fonctionnaires de Santé Canada ont signalé à la ministre qu'un système d'avertissement volontaire pourrait encourager «les mauvais comportements de la part des entreprises» et inciter celles-ci à ne pas signaler toutes les pénuries, privant ainsi médecins et pharmaciens de la possibilité de trouver rapidement des produits de remplacement. La Société canadienne du cancer et d'autres acteurs du milieu de la santé privilégiaient également une approche plus directive. Mme Aglukkaq les a tous ignorés.

Critiquée, la ministre répliquait en mars dernier à ses opposants qu'un système obligatoire ne changerait pas le fait qu'une seule entreprise fournisse 90 % des médicaments injectables au pays et qu'elle subisse un incendie dans ses installations.

Mme Aglukkaq n'a pas totalement tort. Les pénuries de médicaments ont en effet plus d'une cause. Difficulté d'approvisionnement en matières premières, retard dans l'homologation de produits de remplacement, concentration et rationalisation des entreprises pharmaceutiques, abandon de la production de médicaments efficaces pour les malades, mais trop peu rentables pour les entreprises. La volonté de réduire la facture de médicaments a aussi favorisé la concentration d'achats qui a parfois le désavantage de mettre les clients à la merci d'un seul fabricant.

Ce que la ministre omet toutefois de mentionner et de considérer, c'est que devant une crise aux causes multiples, des pays ont choisi d'y répondre par divers moyens, dont l'obligation pour les compagnies pharmaceutiques d'aviser leurs clients de ralentissements ou d'arrêts de production. Les États-Unis le font, de même que certains pays d'Europe. Une option que devrait aussi prendre le Canada.

Lorsque la santé et la sécurité des citoyens sont en cause, lorsque l'organisation et les coûts des soins de santé sont concernés, un gouvernement, aussi conservateur et non interventionniste soit-il, ne devrait pas hésiter à imposer certaines conditions aux entreprises privées. Il n'y a pas de mal à ça. C'est en fait une mesure de prévention élémentaire.

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